ÉVASION GARANTIE !

Yvon TABURET

 

Éditions ART ET COMÉDIE

3, rue de Marivaux 75002 PARIS Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction réservés pour tous pays ISBN : 978-2-84422-862-8 © Éditions théâtrales ART ET COMÉDIE 2012

PERSONNAGES

FERNAND CHANTAL HÉLÈNE ÉGLANTINE HUGHES HUGUETTE MARIUS JOSETTE VÉRA

DÉCOR

Une salle d'attente : un canapé, deux chaises, une table basse sur laquelle sont disposées des revues. Côté jardin, la porte des toilettes; sur une des cloisons du décor, côté jardin, une étagère fixée sur la cloison. Sur cette étagère, à un mètre cinquante environ, un pot contenant des fleurs artificielles. Côté cour, la porte d'entrée. En fond, une porte donnant vers le secrétariat ; sur la poignée, un écriteau sur lequel est écrit "ne pas déranger". À gauche de la porte du secrétariat, à un mètre de hauteur, une grande grille d'aération. Sur les murs, des posters évoquant les grands espaces, Grand Canyon, chevaux sauvages, torrents…

ACTE UN

 

Dans la salle d'attente, Chantal, chapeau et jupe western, est assise sur le divan. Elle feuillette son script. À côté d'elle, Hélène, également en tenue western, se fait les ongles. Debout, Fernand, habillé en cow-boy, joue avec son revolver, le fait tourner autour de son doigt, dégaine et rengaine en pointant à chaque fois son arme vers la porte d'entrée.

 

CHANTAL

(excédée)

Dites, vous ne pourriez pas arrêter deux secondes ? Vous bougez tout le temps, c'est énervant ! J'aimerais bien pouvoir lire tranquillement si c'était possible.

FERNAND

Ce n'est pas de ma faute, chère madame, je n'aime pas attendre… Alors plutôt que d'attendre bêtement, j'ai décidé de tuer le temps… (Dégainant à nouveau.) Pan ! Le temps, t'es mort ! T'es mort que je te dis ! Vous avez vu la vitesse ? Vous avez vu ? Pas mal, hein ? Vous dites que le temps passe ? Moi, je dis qu'il trépasse. Pan ! Je t'ai encore eu ! Sans me vanter, je crois que je suis assez rapide. Lucky Luke, à côté de moi, n'est que l'ombre de son ombre, il peut tout de suite aller se rhabiller. (Il fait plusieurs fois le geste de dégainer et de rengainer.) Vous avez vu ? Vous voulez essayer ?

(Il lui tend le revolver.)

CHANTAL

N'importe quoi !

FERNAND

Ben quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? Vous n'aimez pas jouer ? C'est un peu dommage pour une actrice.

CHANTAL

Figurez-vous qu'il y a une petite différence entre jouer et faire le guignol, mais j'ai l'impression que la nuance vous échappe ; cela ne m'étonne pas d'ailleurs. Ce n'est pas parce que vous gesticulez et cabotinez comme un malade que vous êtes un acteur. Alors, je vous en prie, asseyez-vous ! Et arrêtez de vouloir nous épater avec vos pitreries, je trouve cela d'une puérilité !

FERNAND

Holà ! Attention ! Attention ! Ladies and gentlemen ! Voilà la diva qui s'offusque ! Dites-moi, entre nous, si vous voulez vraiment jouer les actrices, vous ne pensez pas que vous vous êtes trompée d'endroit ? Au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, je vous signale que nous ne sommes pas dans l'antichambre de la Comédie-Française, nous sommes chez Pub Productions, la boîte qui fait les clips publicitaires ; avouez que ce n'est tout de même pas pareil !

CHANTAL

Je ne m'offusque pas, je voudrais simplement lire tranquillement. (Faisant mine de l'ignorer, elle se réfugie dans sa lecture.)

FERNAND

C'est le script que vous lisez ? Vous avez vu ? Franchement, ils ne se sont pas foulés… Pas besoin d'avoir fait dix ans de conservatoire pour décrypter le scénario… C'est encore plus ringard que d'habitude… Vous n'êtes pas d'accord ? Eh bien, répondez-moi… Ça ne vous dérange pas de lire pendant que je parle ? Ce n'est pas très poli… Non, je rigole… Ça y est, voilà qu'elle boude à présent… (Lyrique.) Chère gente dame, mon cœur se désespère et ne peut se résoudre à vous voir "boudiner". Faire ainsi du boudin vraiment ne vous sied guère, prenez plutôt la vie du bon côté. (Chantal continue de faire la tête et se tourne ostensiblement pour ne pas voir Fernand. Il continue à l'agacer.) Hou ! hou ! Je suis là… (Chantonnant, comme s'il s'adressait à un enfant.) Ne te cache pas, je te vois.

CHANTAL

Écoutez, ça suffit ! C'est déjà suffisamment agaçant d'être obligée d'attendre, ce n'est peut-être pas la peine d'en rajouter, vous ne croyez pas ?

FERNAND

Mais je rigole ! Je ne vous embête pas, je rigole ! Vous savez, si nous sommes amenés à travailler ensemble, faudra vous y faire. Avec Fernand, on rigole tout le temps. Fernand, c'est mon nom… Et vous ? C'est comment ?

CHANTAL

Vous n'avez pas besoin de le savoir.

FERNAND

Vous n'allez pas commencer à faire la fière, vous pouvez bien me le dire… Alors ? C'est comment ?

CHANTAL

Chantal.

FERNAND

Chantal ! Quel joli nom ! Enchanté, Chantal! Chantal ! Un prénom ouvert à toutes les évasions! Chantal enchanteresse, chevelure chatoyante cachée sous son chapeau, Chantal charmante, mon cœur chavire et chuinte en te voyant, il chuinte comme une chouette et dit en chuchotant : "Toi aussi tu es chouette, Chantal, entends mon chant." (Il lui tend la main qu'elle finit par prendre. À Hélène.) Et vous ? C'est comment votre petit nom ?

HÉLÈNE

Je ne vous serre pas la main, ce n'est pas sec… Moi, c'est Hélène.

FERNAND

Hélène ? J'adore ! (Il chante.) "Hélène à rire, Hélène à boire, Hélène à chanter comme nous, oui comme nous ! Oui comme nous !"

CHANTAL

À sortir des âneries pareilles, vous n'êtes pas fatigué ?

FERNAND

Je vous ai prévenue : avec Fernand, on rigole tout le temps.

HÉLÈNE

C'est cela, t'as qu'à croire ! Dites-moi, cow-boy : depuis que nous sommes arrivées, vous n'arrêtez pas de vous agiter. Vous nous donnez le tournis… On ne vous a jamais dit que vous étiez saoulant ? Vous nous saoulez jusqu'au plafond avec vos tirades imbéciles. Moi aussi je peux vous en faire, fastoche… (Lyrique à son tour.) "Le Fernand fanfaronne, Fernand fait le frimeur Se croit fort et finaud, il fait le flagorneur Il effarouche les femmes en frétillant, frivole Finalement fait fuir avec ses fariboles."

FERNAND

(applaudissant)

Bravo ! Ah si ! Très bien ! Madame, je m'incline. (Il tire son chapeau et la salue. Arrivée par la porte d'entrée d'Églantine, elle est habillée en Indienne.)

ÉGLANTINE

Bonjour, messieurs-dames ! Pub Productions, c'est ici ? Ah ! ben oui, on dirait bien… Ça m'étonnerait que dans les autres bureaux, ils travaillent habillés en cow-boys…

HÉLÈNE

Oui, c'est ici… Mais vous savez, il ne faut s'étonner de rien, aujourd'hui tout est possible… À force de traiter leurs employés comme du bétail, moi je ne serais pas étonnée de voir, un jour, des petits chefs arriver au boulot déguisés en cow-boys.

FERNAND

Comme du bétail ? Rien que d'y penser, ça m'émeut, ça "m'émeuh"… En tout cas, elle est profonde votre réflexion et je ne sais pas si vous l'avez remarqué, en plus, vous l'avez sortie d'une seule traite. Oh ! la vache ! (Il sourit niaisement, guettant la réaction des autres.)

CHANTAL

Affligeant ! Vraiment affligeant… (À Églantine.) Ne faites pas attention. Venez ! On va vous faire de la place.

ÉGLANTINE

Ce n'est pas de refus ! Dites donc, vous avez vu ?

On dirait que le travail ici, il faut le mériter… Vous vous rendez compte, mettre les bureaux au cinquième étage, sans ascenseur !

Avouez qu'ils font fort ! Sûre qu'ils l'ont fait exprès ! Je le connais leur raisonnement : les intermittents, c'est fainéantise et compagnie… On va les faire grimper au cinquième, comme ça, on les verra les motivés, ceux qui veulent vraiment travailler… J'vous dis que c'est fait exprès !

HÉLÈNE

C'est comme cette idée de nous faire venir déguisés. Vous parlez si c'est discret ! J'ai dû me changer dans la voiture et laisser toutes mes affaires dans le coffre.

FERNAND

Moi, je suis venu à pied. Vous auriez vu le nombre de gamins qui me suivaient ! C'était sympa.

CHANTAL

Ça ne m'étonne pas de vous. Frimeur comme vous l'êtes, vous l'aviez votre public.

FERNAND

Et vous, duchesse ? Vous êtes venue comment ?

CHANTAL

Je suis venue en taxi, c'était plus pratique.

ÉGLANTINE

De toute façon, maintenant c'est partout pareil, même dans ce milieu. Rentabilité et rapidité. Vite fait, mal fait ! La qualité, on s'en fiche ! On travaille à la chaîne et on est payé au lance-pierres, pas vrai que j'ai raison ? En parlant de rapidité, ça fait longtemps que vous attendez ? Vous avez vu quelqu'un à l'accueil ?

HÉLÈNE

On a surtout vu l'écriteau.

ÉGLANTINE

J'espère qu'on ne va pas poireauter des lustres… Ça me rend nerveuse… À chaque fois c'est pareil… Faut que j'aille au petit coin.

FERNAND

Vous cherchez un petit coin ? Tenez… Il y en a un ici, un autre là… Ce ne sont pas les coins qui manquent.

ÉGLANTINE

Qu'est-ce que vous dites ?

FERNAND

Remarquez, vous n'êtes pas la seule à chercher… Les canards, ils font comme vous : ils cherchent… C'est pour cela qu'ils se promènent toujours en faisant "coin-coin" !

ÉGLANTINE

Je n'y comprends rien à vos histoires. Qu'est-ce que les canards viennent faire là-dedans ? (Elle se dirige vers Fernand et commence à lui tourner autour.) Dites donc, vous vous fichez de moi, c'est cela ?

FERNAND

Vous ne devriez pas tourner en rond comme ça… Si vous voulez un bon conseil, ce n'est pas en tournant en rond que vous allez trouver un coin.

ÉGLANTINE

Eh ! oh ! Je fais comme je veux ! Et si je veux tourner, je tourne.

FERNAND

Alors là, je vous comprends… Parce que si on est là, c'est bien parce qu'on espère tourner. (Il crie.) Silence ! On tourne ! Ben quoi ? Vous ne tournez plus ?

CHANTAL

Ne faites pas attention ! Il pense qu'il est drôle.

FERNAND

Mais oui ! Ne faites pas cette tête-là ! Je rigole ! Je m'appelle Fernand. Avec Fernand, on rigole tout le temps.

ÉGLANTINE

Ce doit être de l'humour de cow-boy, de l'humour avec de gros sabots ; ceux de votre cheval peut-être ?

FERNAND

Et moi je viens de comprendre pourquoi vous n'avez pas trouvé les toilettes; c'est vrai que chez les Indiens, c'est toujours marqué : "suivez la flèche" !

CHANTAL

(désignant la porte menant aux toilettes)

Allez-y ! C'est par là.

(Après un haussement d'épaules et un regard noir en direction de Fernand, Églantine se dirige vers la porte et sort.)

HÉLÈNE

Ça y est ! Je savais bien que je vous avais vue quelque part… C'est elle qui m'y a fait penser… La pub W.-C. ! Vous étiez dans la pub W.-C. !

FERNAND

La pub Canard-WC ?

HÉLÈNE

Non, pas celle-là… Une autre.

CHANTAL

(à Fernand)

Vous, j'ai comme l'impression que vous faites une petite fixation sur les canards, vous devriez vous méfier, cela peut devenir grave.

HÉLÈNE

En attendant, moi, j'ai a-do-ré ! Franchement, vous étiez épatante avec votre sourire éclatant qui se reflétait dans la blancheur de l'émail de la cuvette, c'était très beau !… Et votre réplique… C'était comment déjà ? Allez ! Dites-le-moi !

CHANTAL

Je ne sais plus… Vous savez, ceci n'a pas beaucoup d'importance…

HÉLÈNE

Vous plaisantez ! Un texte pareil, ça ne s'oublie pas… Ça va me revenir… Ah oui ! C'est ça… "Avec W.-C. Clean, c'est aussi propre dans mes W.-C. que dans ma cuisine."

FERNAND

Un slogan pareil, ça ne donne pas envie d'aller manger chez vous.

CHANTAL

Ça tombe bien, je ne vous ai pas invité.

HÉLÈNE

Vous êtes un modèle pour moi, c'est grâce à des gens comme vous que j'ai eu envie de faire des films publicitaires.

CHANTAL

Vous savez, c'est purement alimentaire… J'ai aussi fait dernièrement un téléfilm très intéressant…

FERNAND

Vous voulez dire que vous ne tournez pas que des trucs de chiottes ? Ne vous justifiez pas, ma petite dame, nous aussi, nous en sommes là… Il faut bien croûter et payer son loyer, c'est humain…C'est évident qu'on préférerait un grand rôle au cinéma, mais à la grande tombola des comédiens, tous les numéros ne sont pas gagnants, ce n'est pas à vous que je vais l'apprendre, alors, un jour ou l'autre, on se résigne à tourner dans des films publicitaires et on se retrouve ici. Que voulez-vous, c'est ainsi… À présent, il nous faut assumer sans nous plaindre, personne ne nous a forcé car rappelez-vous, Chantal… (Lyrique.) "Nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude." (Entrée de Marius, déguisé en mousquetaire.)

MARIUS

Bonjour ! Pub Productions, c'est bien ici ?

TOUS

(en chœur)

C'est bien ici !

MARIUS

Ah ! ben, ça me fait plaisir ! Pour une fois, je ne me suis pas trompé. (Sourire de satisfaction. Tous le regardent avec insistance. Au bout d'un moment de silence…) Qu'est-ce qu'il y a ? Il y a quelque chose qui ne va pas ?

FERNAND

Cherchez l'erreur… Vous connaissez ce jeu ?

MARIUS

Non, qu'est-ce qu'il faut faire ?

HÉLÈNE

Vous devez deviner ce qui ne va pas dans le tableau.

MARIUS

Le tableau ? Quel tableau ?

HÉLÈNE

Le tableau que nous formons lorsque nous sommes tous ensemble… Il n'y a rien qui vous surprend ? Cherchez bien ! Vous ne voyez pas un truc qui cloche ?

CHANTAL

Un anachronisme.

MARIUS

Un quoi ?

FERNAND

Laissez tomber ! (À Chantal.) Et vous, ne commencez pas à lui prendre la tête avec des mots compliqués… (À Marius.) C'est comment votre nom ?

MARIUS

Moi, c'est Marius.

FERNAND

Bon ! Marius, concentration ! On arrête de faire le mariole, Marius, et on se concentre, compris ?

MARIUS

Compris !

FERNAND

Regardez-nous et regardez-vous… Alors, qu'est-ce qui n'est pas pareil ?

MARIUS

Je ne sais pas, moi… (Après un moment de concentration.) J'ai trouvé ! Elles, elles ne sont pas pareilles que nous… Elles, ce sont des filles et nous des garçons… Alors ? J'ai bon ?

HÉLÈNE

Oui… Mais encore ?

MARIUS

Encore quoi ?

CHANTAL

On va vous aider… Cherchez dans les détails vestimentaires.

MARIUS

Vestimentaires ?

FERNAND

Les habits, les fringues… Vous ne voyez pas ?

MARIUS

Ben non !

FERNAND

Ce n'est pas possible ! Vous avez de la choucroute plein les yeux ou quoi ? Regardez bien ! D'après vous, nous sommes déguisés en quoi ?

MARIUS

En cow-boys ?

FERNAND

Bien ! Vous voyez quand vous voulez… Maintenant, et vous ? Vous êtes déguisé en quoi ?

MARIUS

Ça, c'est facile : moi, je suis déguisé en mousquetaire !

FERNAND

Bravo d'Artagnan ! Et pourquoi vous êtes déguisé en mousquetaire ?

MARIUS

Parce que c'était marqué sur l'annonce : "Rendez-vous jeudi, pour le casting, habillé en mousquetaire."

HÉLÈNE

Et alors ? Qu'est-ce que vous en déduisez ?

MARIUS

Vous vous êtes trompés de costumes !

CHANTAL

Il est fort ! Il est vraiment très fort.

HÉLÈNE

Savez-vous quel jour nous sommes ?

MARIUS

Bien sûr ! Nous sommes jeudi.

FERNAND

Eh ben non, mauvaise pioche, nous sommes vendredi, et le vendredi, ce n'est plus mousquetaire, c'est cow-boys et Indiens.

MARIUS

Non !

HÉLÈNE

Eh si ! La preuve : regardez-nous !

MARIUS

C'est affreux ! Comment je vais faire ? Je n'habite pas à côté, je n'aurai jamais le temps d'aller chercher un autre costume. Moi qui comptais sur ce contrat… C'est pas juste ! (Il est prêt à pleurer.) C'est pas juste !

CHANTAL

Cessez donc de vous lamenter ! Ça devrait pouvoir s'arranger… On ne vous a jamais appris à être créatif ? Ce n'est pourtant pas très compliqué. Réfléchissez ! Aujourd'hui, le menu vous propose : cow-boy ou Indien. Pour le cow-boy, c'est raté, vous n'avez pas les accessoires ; il vous reste l'Indien et là, c'est facile… Il vous suffit d'enlever votre pèlerine, vous vous mettez torse nu et le tour et joué !

MARIUS

Torse nu ? Mais je vais avoir froid !

HÉLÈNE

Faudrait savoir ce que vous voulez ! Si vous voulez faire l'acteur, il va falloir apprendre à ne pas être frileux… Tenez, prenez cela. (Elle sort de sa poche un tube de rouge à lèvres.)

MARIUS

Qu'est-ce que c'est ?

HÉLÈNE

C'est mon tube de rouge à lèvres ; vous pourrez vous faire des peintures de guerre.

MARIUS

Des peintures de guerre ?

HÉLÈNE

Oui, des peintures de guerre. (Elle mime en traçant avec deux doigts ses joues et son front. À son tour, il mime mécaniquement sans trop comprendre.)

CHANTAL

Tenez ! J'ai même un foulard à vous prêter, vous le mettrez sur le front et vous serez ravissant… Ne perdez pas de temps… (Montrant la porte menant aux toilettes.) Allez-y ! C'est par là ! Ne vous étonnez pas, vous risquez de rencontrer une Indienne, elle pourra peut-être vous donner d'autres idées.

MARIUS

Merci madame.

(Marius sort.)

HÉLÈNE

Il a l'air charmant, mais il n'a pas l'air très vif.

FERNAND

C'est sûr ! Cet Indien-là, on ne risque pas de l'appeler Bison Futé.

(Entrée d'Hugues et Huguette. Tous deux sont habillés en Indiens.)

HUGUES

Eh oui ! C'est bien ici… Regarde ! Eux aussi sont déguisés. On ne s'est pas gourés.

FERNAND

Tiens ! Voilà le reste de la tribu. (Levant la main.) Hugh !

HUGUES

(à Fernand)

On se connaît ?

FERNAND

Non… Je ne crois pas.

HUGUES

Pourtant, vous avez bien dit "Hugues" lorsque je suis entré ?

FERNAND

Oui, c'est vrai, j'ai dit : hugh !

HUGUES

Comment vous connaissez mon blaze ? Qui vous a dit que je m'appelle Hugues ?

FERNAND

Non ?!

HUGUES

Si ! Moi, c'est Hugues et elle, c'est Huguette.

HUGUETTE

Bonjour, monsieur… Bonjour, mesdames.

FERNAND

Elle est bien bonne celle-là ! Hugues et Huguette ! Vous avez bien fait de venir habillés en Indiens. Ça ne pouvait pas mieux tomber. (Levant la main, il les salue.) Hugh Hugues ! Hugh Huguette !… Hugh Hugues… Hugh Hugues… (Il s'esclaffe.) Ouaf, ouaf !

HUGUES

Qu'est-ce qui vous fait marrer ? Je ne vois pas ce qu'il y a de drôle.

HUGUETTE

Moi non plus… Et pourquoi tout à coup vous bégayez ? Hugh Hugues… Hugh Huguette.

HÉLÈNE

Vous n'avez jamais vu de westerns ? C'est connu, tous les Indiens disent "hugh"… Je ne sais pas trop si cela veut dire "bonjour" ou "d'accord", en tout cas, ils le disent.

HUGUES

Dis donc, le cow-boy, c'est vrai cette histoire ? Parce que je n'aime pas trop qu'on se paie ma fiole.

FERNAND

Loin de moi l'idée de vouloir vous offenser, cher monsieur. Tout ceci n'est que l'exacte vérité.