NE M'APPELLE PLUS CHÉRIE, CHÉRI !

Jérôme DUBOIS

Éditions ART ET COMÉDIE

3, rue de Marivaux 75002 PARIS

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction réservés pour tous pays ISBN : 978-2-84422-774-4 © Éditions théâtrales ART ET COMÉDIE 2010

NOTE DE L'AUTEUR

Cette histoire est partie de rien. Un jour, un ami me dit : "Tu sais quoi, Jérôme, ma belle-mère m'a offert un torchon à vaisselle !" "N'en fais pas toute une histoire !" lui ai-je répondu. Avant d'ajouter : "Par contre, moi, je peux en faire toute une histoire…" JÉRÔME DUBOIS

PERSONNAGES

MAURICE

Homme d'âge mûr. Primordial, il porte une chemise blanche.

 

BRIGITTE

Sa femme, même âge. Simple et coquette à la fois.

 

THÉRÈSE

La belle-mère de Maurice. Elle refuse de vieillir. Bien mise, elle porte une petite veste en fourrure synthétique. Elle boite un peu.

 

HUGUETTE

La mère de Maurice.

 

JACQUES

Le collaborateur de Maurice.

 

LA VOISINE

Un peu simplette et naïve sur les bords.

 

LES AGENTS (quatre au maximum)

Hommes ou femmes. Les rôles des agents présentent l'avantage d'être malléables. La pièce a été écrite pour deux personnages mais d'autres agents (figurants ou acteurs, et au nombre de deux au maximum pour rester dans la limite du raisonnable afin de ne pas trop encombrer la scène) pourront se joindre à la pièce et se partager aisément les répliques, divisant les plus longues également. Ou inversement, les deux rôles pourront être interprétés par un seul agent.

DÉCOR

Un salon. Principalement, un fauteuil à côté d'un petit guéridon où trônent un téléphone et un annuaire. De l'autre côté de la pièce, un tabouret et un grand miroir genre psyché. Au minimum, une porte donnant à l'extérieur et une autre dans le dressing.

ACTE I

 

Le rideau s'ouvre sur Brigitte, sortant du dressing, une panière débordante de linge. Elle porte un petit haut bien court avec l'étiquette du prix qui pend derrière. Elle va s'admirer devant un grand miroir genre psyché, ne tarissant pas d'éloges sur le petit haut.

 

BRIGITTE

J'adore et je l'adopte ! (Puis, elle commence à sortir quelques habits de sa panière avant de tomber sur une cagoule, genre cagoule militaire, avec juste les trous pour les yeux.) Tiens ? Qu'est-ce que ça fait là, ça ? (Elle l'essaie, se fait peur dans la glace en se regardant, puis la met de côté.) On verra plus tard…

THÉRÈSE

(entrant côté cour)

Les hommes sont des goujats !

BRIGITTE

(surprise)

Maman ?… On avertit avant d'entrer ! On s'annonce, quoi ! On dit bonjour ou bonsoir si la journée est déjà bien avancée. On peut également s'inquiéter de l'état de la personne même si on s'en fout royalement. Un "Comment vas-tu, aujourd'hui ?", question de politesse. On peut se permettre aussi des petites fantaisies, des phrases toutes faites, du genre : "Quelle belle journée !" Sauf si on est d'humeur maussade, bien entendu. Et seulement après, on peut entrer dans le vif du sujet. À toi !

THÉRÈSE

Quelle journée pourrie ! Moi ça va pas du tout ! (Elle éclate en sanglots mais sèche ses larmes rapidement en se mouchant bruyamment.) Les hommes sont des goujats ! Même le tien ! J'en suis sûre ! Preuve en est : il rentre tard du travail. Si on peut appeler ça un travail ! Monsieur est vendeur en quoi déjà ?

BRIGITTE

Tu le sais bien enfin, il vend de tout. Des encombrants que les autres n'arrivent plus à liquider : des stocks déclassés, des fins de série qui embarrassent.

THÉRÈSE

À l'image de ce qu'il est : pas grand-chose.

BRIGITTE

Maman, je ne te permets pas !

THÉRÈSE

Ce moins que rien m'a volé ma fille, je peux quand même dire ce que j'en pense ! Et puis, je suis à fleur de peau à cause de ce fichu divorce. Alors ne me contrarie pas, s'il te plaît.

BRIGITTE

Je crois t'avoir suffisamment mise en garde, pourtant. Au bout de deux mois, tu avais déjà la bague au doigt.

THÉRÈSE

La bague, tu parles, il veut la récupérer, alors…

BRIGITTE

Un peu trop entreprenant pour être sincère ton… (Cherchant.) … ton bonhomme, là !

THÉRÈSE

Barnabé ! Tu pourrais au moins retenir le prénom de ton beau-père, aussi bref qu'il fut !

BRIGITTE

En tout cas, son passage dans la famille aura été aussi éphémère que le souvenir qu'il m'en aura laissé… Si ce n'est pas trop indiscret, qu'est-ce qu'il te reproche au juste ?

THÉRÈSE

Allez demander à un homme ce qu'il ne sait pas lui-même !… Il m'aura quittée pour une morue, certainement. Si je la croise, je lui tords le cou !

BRIGITTE

Il l'a pêchée où sa morue ? Il a dû amorcer fort pour l'attraper celle-là !

THÉRÈSE

Je suis sûre qu'elle ressemble à rien, il n'aura pas eu de mal à l'attirer dans son filet !

BRIGITTE

C'est pas une morue, alors, mais un thon !… Et tu comptes ramer encore longtemps comme ça ? Dans quelles eaux troubles comptes-tu t'immerger maintenant ?

THÉRÈSE

Alors, justement, comme tu abordes le sujet…

BRIGITTE

Tu comptes débarquer ici le temps de te retourner, c'est ça ?

THÉRÈSE

(sans même lui laisser le choix)

Merci ma fille ! Je savais que tu serais compréhensive. Je me ferai toute petite. Tu ne verras même pas que je suis là. Tel un poisson dans son aquarium…

BRIGITTE

T'as pas fini de tourner en rond !

THÉRÈSE

T'inquiète ! Je compte pas buller très longtemps. J'ai des projets.

BRIGITTE

Ah oui ? Et lesquels ?

THÉRÈSE

Je compte monter une agence matrimoniale. Enfin, pas dans l'immédiat, les hommes me dégoûtent trop ! J'en ai ma claque ! Rien que de prononcer leur nom, j'en ai la nausée !

BRIGITTE

Une agence matrimoniale sans prétendants, je crains que tu n'aies guère de candidates !

THÉRÈSE

Toutes ces femmes injustement blessées vont venir faire le bonheur de mon agence avant même de faire le leur.

BRIGITTE

N'en fais pas une affaire personnelle. Excuse-moi du peu mais si tu viens habiter quelques jours à la maison, tu seras bien obligée de cohabiter avec le mien.

THÉRÈSE

J'avais pas pensé à ça, dis donc ! C'est contrariant, oui ! (Réfléchissant.) Mets-le dehors, tant qu'il est encore temps !… En tout cas, il peut se vanter d'avoir une belle-mère compréhensive. C'est un boulet, comme les autres ! Tu vas voir qu'un jour, perdu dans ses pensées parce qu'une très jolie cliente lui aura fait de l'œil, monsieur va rentrer avec un sapin sous le bras, croyant qu'il est déjà Noël !

BRIGITTE

En plein mois d'octobre ? Maman, tu exagères !

THÉRÈSE

C'était une image pour te faire comprendre comment les hommes peuvent très vite perdre les pédales !

BRIGITTE

Cette rupture te les fait perdre aussi, à ce que je vois.

THÉRÈSE

Il m'a jetée comme une vieille chaussette ! Un vieux linge sale qui pue ! C'est dégradant !

BRIGITTE

En parlant de linge… (Désignant le petit haut qu'elle porte.) … je l'avais acheté, rangé, et tellement bien que je l'avais oublié. Donne-moi ton avis.

THÉRÈSE

Je crains que ce ne soit guère au goût de ton mari : un peu court… (Regardant l'étiquette.) … trop cher et surtout à la mode ! Tu vas droit au scandale, là !

BRIGITTE

Tu crois ? Attends, je vais passer autre chose alors…

(Elle entre dans le dressing.)

THÉRÈSE

(seule)

Monsieur est plutôt du genre rétrograde, démodé, limite périmé !

BRIGITTE

(ressortant quasi immédiatement, changée, et avec le petit haut à la main qu'elle pose dans un coin)

Tu disais ?

THÉRÈSE

Je disais que les hommes avaient une date de péremption !

BRIGITTE

Tu les connais mal, maman…

THÉRÈSE

Avec l'expérience, tu comprendras que c'est bien tous les mêmes… Un jour ils t'aident à te construire, et le lendemain ils te détruisent totalement !

BRIGITTE

Je pense au contraire qu'en te quittant, il t'a rendu un fier service ! Encore quelques jours et tu retrouveras ta fraîcheur !

THÉRÈSE

Tu vois, je suis complètement défraîchie ! Avariée ! À mettre au rebus ! Ma vie aura été une succession d'échecs ! C'est lamentable ! Complètement déprimant ! Jamais je ne remonterai la pente ! Tout est fichu ! Finissons-en ! (Elle retrouve bizarrement le sourire.) En tout cas, je te remercie pour ta proposition. J'accepte volontiers que tu m'héberges ici quelques jours, le temps pour moi d'y voir plus clair. Dès demain, si c'est possible. Et même si la présence de ton mari risque fortement de m'incommoder.

BRIGITTE

Tu devras t'en accommoder, justement !

THÉRÈSE

J'en ai bien peur… Au fait, je ne t'ai pas dérangée ? Que faisais-tu ?

BRIGITTE

Je rangeais mon dressing, toute une aventure… Pour te dire, j'ai même retrouvé la robe que j'avais mise pour mon premier rendez-vous avec Maurice ! (Elle la sort de la panière.)

THÉRÈSE

(pas emballée)

Épargne-moi ce genre de détail, s'il te plaît !

BRIGITTE

Pardon ! Alors, dans un autre genre, j'ai également trouvé cette cagoule. Complètement inutile ! Pourquoi j'ai acheté ça, allez savoir… (Elle l'enfile à nouveau, on ne lui voit que les yeux.)

THÉRÈSE

Effrayant ! Toi et les fringues, c'est tout et n'importe quoi ! T'as vu la taille de ton dressing ? On pourrait y loger trois personnes ! Y a même des recoins dans les coins !

BRIGITTE

(enlevant la cagoule avant de la poser en évidence sur un meuble)

C'est un tel fourbi dans ce dressing !

THÉRÈSE

Ma vie aussi est un véritable fourbi ! D'ailleurs, j'ai encore quelques détails à régler pour les papiers. Le divorce est prévu pour Noël. Tu vois, je ne pensais pas qu'il allait mettre aussi cher dans mon cadeau ! (Elle sort. Brigitte colle alors la fameuse robe contre elle pour aller) s'admirer dans la psyché, hésitant à la passer, pour finalement renoncer avant de tout remettre dans la panière et repartir (avec dans le dressing, oubliant le petit haut et la cagoule. La voisine entre sans prévenir.)

BRIGITTE

(ressortant du dressing, surprise)

Vous m'avez fait peur !

LA VOISINE

Si je fais peur maintenant…

BRIGITTE

Non, non, l'effet de surprise, vous comprenez…

LA VOISINE

Je ne vous dérange pas au moins ? (Et sans même lui laisser le temps de répondre.) J'ai cru voir partir votre mère.

BRIGITTE

On ne peut rien vous cacher. Vous risquez d'ailleurs de la voir circuler régulièrement dans le quartier maintenant. Elle va passer quelques jours ici.

LA VOISINE

Ah oui ? Et comment va-t-elle ?

BRIGITTE

Elle va comme une femme qui a perdu son mari.

LA VOISINE

Il est mort de quoi ce pauvre homme ?

BRIGITTE

Je crois qu'il est mort d'ennui et il l'a quittée.

LA VOISINE

Eh bien, elle en a de la chance ! C'est pas à moi que ça arriverait !

BRIGITTE

De quoi vous plaignez-vous ?

LA VOISINE

Je ne me plains pas, je constate qu'on n'a plus rien à faire ensemble. On n'a plus rien à se dire. La dernière fois qu'il m'a adressé la parole, c'était pour me demander de me taire !

BRIGITTE

Il avait certainement ses raisons. Regardait-il la télévision ? Écoutait-il la radio ? Lisait-il son journal ?

LA VOISINE

Rien de tout ça ! Il tenait son chat ! Je le suspecte d'ailleurs de préférer son animal à sa femme.

BRIGITTE

C'est peut-être que vous ne ronronnez pas assez !

LA VOISINE

Vous croyez ?

BRIGITTE

Certainement ! Essayez !

LA VOISINE

C'est que je n'ai pas le talent de son chat.

BRIGITTE

Eh bien ! Je ne sais pas, moi, que savez-vous faire ?

LA VOISINE

J'imite très bien la poule.

BRIGITTE

(comme pour se débarrasser)

Eh bien, gloussez alors !

LA VOISINE

C'est entendu !… Tiens ! Vous me faites rappeler que j'ai une poule au pot sur le feu. Je file et merci du tuyau ! (Elle sort.) Brigitte, s'apprêtant à retourner à ses occupations, est interrompue par l'arrivée de Maurice, visiblement épuisé par sa (journée de travail, traînant bizarrement derrière lui un sapin de Noël artificiel ou naturel qu'il va poser dans un coin sur le devant de la scène.)

BRIGITTE

Dis donc, Maurice ! C'est quoi cette chose ?

MAURICE

Ah ! ça ! Un sapin de Noël, pourquoi ?

BRIGITTE

En plein mois d'octobre ?

MAURICE

Le lancement de notre offre promotionnelle sur les sapins de Noël est déjà un échec. J'ai les boules !

BRIGITTE

Qui voudrait s'embarrasser d'un sapin de Noël en octobre, pour qu'il soit complètement dégarni en décembre ? Qui serait assez idiot pour le faire ?

MAURICE

On n'a pas eu le choix ! Les Chinois nous ont mis la pression ! Si on voulait bénéficier d'un prix intéressant, il fallait signer de suite, mais nous on pensait pas recevoir la marchandise de suite également ! Cinq cents sapins à écouler en plein mois d'octobre, tu te rends compte ?

BRIGITTE

Et tu comptes nous les ramener comme ça, un par un ?

MAURICE

Non, celui-là, c'est un cadeau des Chinois et comme personne le voulait alors…

BRIGITTE

Tu t'es dévoué, comme à ton habitude. Ta bonté te perdra.

MAURICE

Ce sera un peu Noël avant l'heure, non ?

BRIGITTE

Oui, puis on enverra nos vœux du Nouvel An pour la sainte Catherine, en novembre !… Tu me caches des choses, c'est ça ?

MAURICE

Qui t'a mis cette idée en tête ?

BRIGITTE

J'ai le droit de m'inquiéter, ça fait le quatrième soir que tu rentres en retard cette semaine ! Que dois-je en conclure ?

MAURICE

Que nous sommes jeudi, par exemple… Quelle journée ! (Se mettant alors à réfléchir tout haut.) J'avais d'ailleurs prévu de faire quelque chose ce soir, mais quoi ?… Enfin bref, tout le monde est sur les rotules au magasin. Sans compter que sur le retour, j'ai croisé des barrages de police aux quatre coins de la ville. Ça circule péniblement. Je suis mort de fatigue. Vivement les vacances d'hiver, moi j'te le dis ! Je me vois déjà dévaler les pentes enneigées !

(Il peut mimer une descente à skis.)

BRIGITTE

Au milieu des sapins ?

MAURICE

Ah non ! Pas les sapins ! Pas en vacances !… Tiens, ben cet hiver, je passerais bien dix jours dans un endroit que je ne connais pas, pour une fois.

BRIGITTE

C'est une très bonne idée ça, chéri. Pourquoi n'irais-tu pas dans la cuisine, par exemple ?

MAURICE

C'est malin, ça… Dis, je peux changer de chemise ? Ces sapins m'ont donné des sueurs !

BRIGITTE

Change-toi, mets ta chemise rouge !

MAURICE

La chemise rouge de maman ?

BRIGITTE

Celle-là, oui, si tu veux…

MAURICE

Elle est où ?

BRIGITTE

À sa place !

MAURICE

(embarrassé)

À sa place…

BRIGITTE

Dans le dressing ! T'es de la maison ou quoi ? Laisse, j'y vais… (Elle rentre dans le dressing pour en ressortir rapidement avec une chemise toute blanche.) Tiens, ta chemise rouge !

MAURICE

Ah ! ma chemise rouge! (Ravi, il se change sur scène.)

BRIGITTE

(brandissant le petit haut)

Regarde le petit haut que j'ai retrouvé en rangeant le dressing comme il est sympa.

MAURICE

(l'inspectant sous toutes les coutures)

C'est un haut, ça ? Y en a que la moitié, là !

BRIGITTE

Rassure-toi ! Je l'ai essayé et, à part le nombril, c'est tout ce qu'on voit.

MAURICE

(regardant l'étiquette)

Y a encore l'étiquette ? La prochaine fois, quand tu essayes, essaye aussi que ça ne coûte pas trop cher, chérie !

BRIGITTE

(lui reprenant des mains)

Et toi, essaye aussi d'être moins périmé… chéri !

MAURICE

Périmé ? Qu'est-ce que ça a à faire dans la conversation ? Bref ! Je m'incline. (Il s'assoit dans son fauteuil alors que Brigitte retourne dans le dressing, emportant avec elle le petit haut.) Je dépose les armes avant même que la bataille soit engagée ! J'avoue être un peu vite vaincu !… Mon bon fauteuil, toi au moins tu me comprends ! Toujours prêt à m'accueillir, meurtri après une journée harassante passée au magasin. Rien ne vaut un moment de détente et de relaxation en ta compagnie… (Se remettant à penser tout haut.) J'étais pourtant certain d'avoir prévu de faire quelque chose ce soir… (Il prend un journal, commence à lire et commenter.) Ben tiens… Eh bien ! Dans quel monde vivons-nous ? Les deux premières pages sont entièrement consacrées aux grèves et autres manifestations qui fleurissent dans la région. Je ne comprends pas pourquoi les gens en veulent autant aux politiques, ils n'ont pourtant rien fait… (Un temps.) Tu sais quoi ? (Ne s'étant pas aperçu de son absence.)

BRIGITTE

(sortant in extremis du dressing, sans le petit haut)

Non, mais tu vas me le dire.

MAURICE

En Sicile, un homme est abattu toutes les deux minutes.

BRIGITTE

(visiblement ailleurs)

Le pauvre homme…

MAURICE

Ho ! T'es avec moi ? Tu m'écoutes ?

BRIGITTE

Si ! J'ai entendu ! Tu as dit qu'en Sicile, un homme était abattu toutes les deux minutes. Et alors ?

MAURICE

Oui, mais pas le même !

BRIGITTE

Le même quoi ?

MAURICE

Le même homme, enfin !

BRIGITTE

Ah ! oui, c'est juste…

MAURICE

Et c'est tout ce que ça t'inspire ?

BRIGITTE

Qu'est-ce que je peux bien y faire ?

MAURICE

Rien, c'est vrai. Un peu de compassion, peut-être. C'est juste inquiétant… Tiens, ça aussi, ça a le mérite de m'angoisser. Écoute : "Un dangereux malfaiteur a réussi à s'échapper du commissariat des Noullières suite à une garde à vue plutôt musclée. L'individu est soupçonné de vol à la tire et de braquages en tout genre. La zone concernée a tout de suite été quadrillée par des barrages de police, mais le fugitif reste encore introuvable." Les Noullières, c'est le quartier à deux pas de chez nous ! Voilà pourquoi il y a des barrages de police à tous les coins de rue ! On est cerné !

BRIGITTE

Toi aussi t'es cerné, t'as vu les valises que t'as sous les yeux ?!