Un an dans la chambre

Gérard Levoyer

Éditions Art et Comédie

 

3, rue de Marivaux 75002 Paris Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction réservés pour tous pays ISBN : 978-2-37393-293-5 © Fantasio/Éditions Art et Comédie, 2020

 

Note de l'auteur

 

Il y a des lieux qui sont faits pour inspirer, secréter et recueillir des histoires. Ce sont parfois des histoires toutes simples de la vie, ce sont parfois des histoires historiques. La chambre est de ces lieux de vie. "Bien des chemins mènent à la chambre : le sommeil, l'amour, la méditation, Dieu, le sexe, la lecture, la réclusion, voulue ou subie. De l'accouchement à l'agonie, elle est le théâtre de l'existence, là où le corps dévêtu, nu, las, désirant, s'abandonne. On y passe près de la moitié de sa vie", écrit Michelle Perrot.

Moi j'ai choisi la chambre d'hôtel parce qu'elle y accueille toutes sortes de gens qui n'ont rien en commun, ne se connaissent pas, ne se rencontreront jamais mais laissent, chacun leur tour, leur histoire sur ces murs impersonnels. Une chambre d'hôtel on lui confie son corps, on lui confie son coeur, on lui confie une parcelle de sa vie.

En lui rendant visite une fois par mois pendant un an ce sont autant d'histoires qui nous racontent, comme des photos sépia, le passé de ces anonymes qui sont venus déposer leurs valises, un jour, entre les quatre murs de la chambre. Lustrée, pomponnée, bichonnée par des petites mains, elle sera de janvier à décembre, toujours parfaitement identique. Rien n'aura changé en apparence. Mais nous, qui auront gardé l'œil collé à la serrure de cette chambre, serons- nous toujours les mêmes ?

 

Personnages

 

Les femmes de chambre : Alice, Natacha, Adèle

Les voyageurs : Lui, Elle, Le Clochard, L'homme, Le peintre, Le directeur

 

La pièce peut-être interprétée par quatre comédiens au minimum.

Deux pour les femmes de chambre et deux pour les voyageurs. Mais c'est vraiment le minimum.

 

Bien sûr, on peut aussi imaginer que chaque couple est interprété par un couple de comédiens différent.

Et entre ces deux possibilités, il peut exister toutes les distributions qu'on pourra souhaiter.

 

Décor

 

Cette pièce se passe sur une année, dans la même chambre d'un hôtel à Limoges, la chambre 202.

Suivant les possibilités de chaque compagnie, la chambre peut-être différemment meublée.

Le mobilier minimum serait un lit double, une chaise, un fauteuil, deux tables de nuit avec lampe.

On peut évidemment y ajouter des éléments comme ceux qu'on trouve dans les hôtels, à savoir un petit bureau, un minibar, un tableau au dessus du lit, etc.

Dans l'idéal il peut y avoir une porte d'entrée et une autre pour la salle de bains, mais ce peuvent être, aussi, des espaces entre les rideaux.

 

Déroulement

 

La pièce est découpée en douze parties qui sont les mois de l'année. Chaque mois est composé d'une scène "ménage" et d'une scène "couple".

Ainsi, lorsque la scène couple d'un mois se termine elle est suivie d'une partie ménage qui permet de remettre la chambre en ordre.

Il n'est pas nécessaire de faire des "noirs" systématiquement entre les scènes, une scène "ménage" peut très bien s'arrêter sur l'arrivée des clients.

On peut annoncer les mois au public de la façon qui conviendra à chaque metteur en scène.

Chaque compagnie peut, bien sûr, jouer le nombre de mois qui lui convient.

 

Janvier

 

Janvier - Le ménage

 

Alice

Première chose, tu fais le tour de la pièce pour voir s'ils n'ont rien oublié.

Natacha

Comme quoi ?

Alice

Un sac, un porte-monnaie, des bonbons, une bouteille… je sais pas, un peigne… une valise…

Natacha

Une valise ? Comment on peut oublier une valise ?

Alice

Et toi, comment tu fais pour oublier de réfléchir avant de parler ?

(Alice fait le tour du lit en scrutant le sol. Natacha la suit et fait de même.)

Alice

Mais ne regarde pas au même endroit que moi puisque je viens de le faire.

Natacha

C'est pour le cas où vous auriez mal vu.

(Haussement d'épaules d'Alice. Natacha ramasse un journal qui traine.)

Natacha

Journal ?

Alice

Journal : poubelle.

(Elle le lui arrache des mains et le jette dans la poubelle.)

Natacha

On le met pas à part pour le tri sélectif ?

Alice

Dépêche-toi, on a droit à 5 minutes par chambre.

(Natacha trouve une bouteille plastique pendant qu'Alice tire l'aspirateur dans la chambre.)

Natacha

Bouteille ?

Alice

Poubelle ! Tout ce que tu trouves : poubelle !

Natacha

Et le tri sélectif ?

Alice

Fais pas chier, on s'en fout.

(Natacha aperçoit une toile d'araignée.)

Natacha

Aaah ! Une toile d'araignée !

Alice

Hé ben, enlève-là !

Natacha

J'peux pas, j'ai peur.

Alice

Ah, quelle cruche celle-là !

(Alice disparaît dans la salle de bains, revient avec une serviette de toilette.) Elle va en dessous de la toile d'araignée, saute plusieurs fois en jetant la serviette en l'air.

(Puis elle secoue la serviette, la passe sur ses chaussures et la tend à Natacha.)

Alice

Va la remettre à sa place, elle est pas sale.

Natacha

Je m'excuse mais j'ai peur des araignées.

Alice

Ça va, ça va, raconte pas ta vie. (Natacha disparaît dans la salle de bains et revient.) Fais le lit pendant que je passe l'aspirateur.

Natacha

Comment je fais ? J'ai jamais fait.

Alice

Oh là là, quelle empotée ! Regarde. Tu tires le drap, tu jettes un œil. Si y'a pas de tache, tu enlèves les poils de cul comme ça… (Elle donne une tape au centre du lit.) Tu remontes les draps comme ça… les oreillers… tu tends bien le couvre-lit et basta.

Natacha

On change pas les draps ?

Alice

Le moins souvent possible, ça les use.

Natacha

Ah ben, moi, je croyais…

Alice

L'aspirateur ! Tu le passes devant la porte d'entrée, autour du lit et c'est tout.

Natacha

C'est tout ?

Alice

Tu tires les chaises et tu aspires sous le bureau une fois par semaine. Et tu passes sous le lit une fois par mois, c'est tout.

Natacha

C'est tout ?

Alice

Faut te le répéter combien de fois ? On a 5 minutes ! Tu crois qu'on peut fignoler en 5 minutes ?

Natacha

Ah non, ça c'est sûr.

Alice

Et comment je fumerais ma cigarette, si on grattait pas un peu de temps ?

(Elle s'allume une cigarette.)

Natacha

C'est pas une chambre non fumeur ?

Alice

On dira que c'est le client.

(Alice appuie sur l'aspirateur mais il ne se passe rien.)

Alice

Regarde dans le couloir s'il est bien branché.

(Natacha sort.)

Natacha

(off)

C'est branché.

Alice

Alors ça vient de ce foutu aspirateur.

(Elle ouvre un compartiment, sort le sac à poussière qui s'ouvre et répand sa saleté sur le sol.)

Alice

Ah non, merde. Natacha ! Tu vois, faut toujours vérifier l'aspirateur avant de commencer.

(Elle remet le sac, referme le compartiment et disperse la poussière avec son pied.)

Alice

Regarde bien comme je fais parce que je te le dirai pas deux fois. Un apprentissage, il doit se faire vite fait bien fait.

Natacha

Je regarde bien et je ferai tout comme vous.

Alice

À la bonne heure ! T'as intérêt à bien bosser si tu veux ton CDI.

(Elle tire vite fait trois bouffées, chasse la fumée et jette son mégot sous le lit. Elle trouve un kleenex.)

Alice

Regarde-moi ça ! Ça jette ses mouchoirs par terre ! Ah non, je te jure, les gens sont dégueulasses ! Allez, viens, on passe à côté.

Janvier - La séparation

 

(Ils entrent dans la chambre, chacun avec sa valise. Lui, décontracté, elle boudeuse.)

 

Lui

Bon, ben elle n'est pas mal cette chambre.

Elle

Je te préviens, il est hors de question qu'on couche ensemble.

Lui

Écoute, j'y suis pour rien. Tout est complet à cause du congrès des machines outils. Il ne restait plus que cette chambre.

Elle

Ouais, ouais, comme par hasard.

Lui

Ne commence pas, s'il te plait. Demain on passe au tribunal, tout sera terminé, alors essayons de retenir nos rancœurs jusque-là.

Elle

Comme si je ne les connaissais pas tes petits arrangements. Douze ans je les ai pratiqués ! Alors ça ne m'étonnerait pas que tu y sois pour quelque chose au coup de la chambre unique. Avec grand lit, en plus. Pas des jumeaux, ah non, tiens, comme ça tombe bien, un lit pour deux.

Lui

Parce que tu crois que ça m'amuse de me retrouver dans un lit avec toi alors que nous sommes chacun en couple depuis notre séparation ?

Elle

Tais-toi, tu m'agaces.

Lui

Je dormirai dans le fauteuil, là, ça te va comme ça ?

Elle

Ça ne m'empêchera pas d'entendre tes ronflements. Je suppose que ça n'a pas dû s'arranger.

Lui

Tu n'auras qu'à mettre tes boules Quiès. Et puis ton masque de sommeil. Comme ça tu ne me verras pas et tu ne m'entendras pas non plus.

Elle

Exactement ce que je vais faire. Et si tu pouvais éviter d'aller aux toilettes toutes les heures et d'allumer la lumière à chaque fois, ce serait pas mal non plus.

Lui

Si je respire, ça va te déranger aussi ?

Elle

Avec le vin que tu as bu pendant le diner, ton haleine empeste la vinasse. Enfin ! Si tu mâches un chewing-gum, ça devrait être respirable.

Lui

Je peux aussi sauter par la fenêtre, comme ça je ne te dérangerais plus du tout.

Elle

Ce que tu peux être bête. Va faire ta toilette en premier.

Lui

Tu veux pas y aller d'abord ?

Elle

Je viens de te dire d'y aller, t'es sourd ou quoi ?

Lui

Oh là là, ça va être gai. Vivement demain.

Elle

Comme tu dis. Ouf, bon débarras. Place à autre chose.

Lui

J'avais oublié que tu pouvais être peste. Qu'est-ce qui m'a pris de te proposer de t'emmener au tribunal ?

Elle

Et moi, qu'est-ce qui m'a pris d'accepter ?

(Il disparaît dans la salle de bains avec sa trousse de toilette et sa valise. Aussitôt elle s'effondre sur le lit en masquant son visage avec ses mains. On devine qu'elle pleure. Au même moment il revient et la voit.)

Lui

Ça va pas ?

Elle

(énervée)

Oh là là ! On n'a plus le droit de rigoler cinq minutes ?

Lui

Excuse-moi, je n'avais pas l'impression que tu rigolais.

Elle

Tu n'as jamais rien compris aux femmes.

Lui

D'accord, d'accord. Je voulais te dire que je peux dormir dans la baignoire, si tu préfères ?

Elle

Vide ou remplie, la baignoire ?

Lui

(rire jaune)

Ha ha… comme tu préfères.

Elle

Mais c'est froid, une baignoire, fragile comme tu es, tu vas te réveiller bloqué des reins avec une bonne crève et des microbes qui vont te sortir de tous les trous du corps. Non, non, je ne veux pas être responsable de ça.

Lui

Bon. C'était pour t'être agréable.

(Il disparaît dans la salle de bains. Elle reste à ruminer, elle marche un peu en ronchonnant.)

Elle

"C'était pour t'être agréable"… Ce qu'il peut être agaçant avec sa gentillesse ! "Inutile que tu dépenses ton argent, je peux t'emmener dans ma voiture"… Mais bien sûr.

(En continuant à ronchonner, elle va ouvrir le lit, mettre le traversin au milieu, dans le sens de la longueur pour faire une séparation qu'elle va épaissir avec des couvertures et des oreillers.)

Elle

Et le coup de la petite auberge campagnarde avec magret de canard et gigondas à ras bord des verres. On se sépare et il ne lui-même pas à l'idée de me balancer un vieux sandwich et un quart de v ittel éventé. Ah non, monsieur est gentleman même dans le divorce. Quel con ! Non mais quel con !

(Il sort de la salle de bains en pyjama ridicule. Il marque sa surprise devant le lit défait.)

Lui

Qu'est-ce que c'est que ça ?

Elle

Qu'est-ce que c'est que ce pyjama ridicule ? C'est Patricia qui t'achètes ça ?

Lui

Et alors ? C'est pour dormir, sous les couvertures personne ne le voit.

Elle

Moi je le vois et je peux te dire que ça t'avantage pas.

Lui

Je m'en fous. C'est quoi cette Muraille de Chine au milieu du lit ?

Elle

Tu vas pas dormir sur le fauteuil, avec ton arthrose tu vas te tortiller dans tous les sens.

Lui

Tu veux que je dorme avec toi ?

Elle

Pas avec moi. De l'autre côté du mur. Et tu évites de te tourner dans tous les sens comme un chien sur son tapis.

Lui

C'est gentil. Pas élégamment présenté mais l'intention est là.

Elle

C'est pas gentil, c'est médical. Tu mets toujours une planche sous le matelas, j'espère ?

Lui

Ça ne te regarde pas.

Elle

Soyez aimable. Je prends soin de ses becs de perroquet et monsieur m'envoie sur les roses.

Lui

Va te doucher. Tu prends toujours le côté gauche ?

Elle

Ça ne te regarde pas… Oui.

(Elle sort dans la salle de bains avec sa valise. Il se glisse au lit avec un livre. Aussitôt elle ouvre la porte et balance la valise qu'il a laissée.)

Elle

La valise ! C'est pas dans la salle de bains que ça se range.

(Elle re-disparait. Il range sa valise dans un coin.)

Lui

Quel caractère ! Mais quel caractère ! Quand je pense que je l'ai supportée quinze ans… non douze mais j'ai l'impression que ça a duré plus, beaucoup plus. Je me suis toujours demandé comment elle avait fait pour me mettre le grappin dessus. On a dû rigoler un peu au début. Et puis on était curieux, la même curiosité pour tout. Qu'est-ce qu'on a voyagé ! Je regardais les photos, l'autre, jour, qu'est-ce qu'elle était belle !

(Mai) s chieuse. Quelle chieuse ! Dès le premier jour il a fallu qu'elle fasse un scandale. Ce numéro dans l'église parce que le prêtre avait marché — soidisant — sur sa robe. Elle a hurlé devant les invités, comme s'il y avait le feu dans la sacristie. Le pauvre curé qui ne savait quoi répondre devant l'énormité de la réaction. Ah il en avait doublement perdu son latin ! Et moi qu'elle prenait à témoin. (Mimant la scène.) "Tu as vu ? Il a sciemment salopé ma robe. Pierre ! Et toi tu ne dis rien ? Mais soutiens-moi ! Je te jure qu'il va me la rembourser." (Elle est entrée et l'a vu jouer la dernière réplique. Il est surpris. Elle est en nuisette très sexy.)

Elle

Qu'est-ce que tu fais ? Tu t'es mis au théâtre ?

Lui

Qu'est-ce que c'est que ce truc ? On dirait un truc de stripteaseuse. C'est Julien qui t'achète ça ?

Elle

Oui.

Lui

C'est très vulgaire.

Elle

Il aime bien, lui.

Lui

Ça ne m'étonne pas. Les footballeurs ont toujours eu des goûts de gigolo.

Elle

Le gigolo te dit merde. (Ils se mettent au lit.) On éteint ?

Lui

Je pensais lire un peu.

Elle

Non, on éteint.

Lui

Si tu veux.

Elle

Et voilà. Il est gentil. Ce que ça m'agace !

(Elle éteint sa lampe.)

Lui

Qu'est-ce qui t'agace ? Que je sois d'accord avec toi ?

Elle

Mais oui ! On ne peut jamais se disputer avec toi. Je suis désagréable, je t'envoie des piques, j'ai un tsunami d'hormones qui déferle en moi et toi tu restes imperturbable, gentil, aimable. Douze ans j'ai supporté ça. Un type gentil ! C'est exaspérant. On peut te faire tout ce qu'on veut, te dire n'importe quoi, t'envoyer vingt fois sur les roses et toi, tu restes gentil. Gentil-gentil-gentil ! Un bon toutou. Ouh, c'est horripilant !

Lui

Excuses-moi de ne pas rajouter d'huile sur le feu. Quand il y a un incendie, c'est bien qu'un pompier tente de circonscrire l'embrasement.

Elle

Ça va, ça va, ça va !

(Il éteint sa lampe. Noir.)

Lui

Bonne nuit.

(Elle rallume sa lampe.)

Elle

Qu'est-ce que tu viens de faire ?

Lui

Je t'ai dit bonne nuit.

Elle

Je ne te demande pas ce que tu as dit mais ce que tu as fait ?

Lui

Je t'ai fait un bisou pour te souhaiter bonne nuit.

Elle

Tu as franchi la séparation !

Lui

Ben oui, pour le bisou.

Elle

"Ben oui, pour le bisou." Mais y'a pas de bisou ! On divorce, fini les bisous, bon sang ! Et surtout tu ne franchis pas la séparation, compris ?

Lui

Compris.

Elle

Si j'ai fait ce mur c'est bien pour indiquer une séparation ? Non ?

Lui

Si.

Elle

Et une séparation c'est comme une frontière, ça ne se franchit pas, okay ?

Lui

Okay. Excuses-moi. Je ne pensais pas que faire un bisou était une transgression bien importante.

Elle

Mais c'est une ingérence ! Tu es entré dans un territoire ennemi. Tu comprends, ça ?

Lui

Oui, mais…

Elle

Y'a pas de mais… Estime-toi heureux qu'il n'y ait pas de représailles.

Lui

Si je comprends bien, je dois te dire merci ?

Elle

La ferme !

(Elle éteint sa lampe. Noir.)

Lui

On peut se séparer et rester aimable quand même.

Elle

D'accord.

Lui

Et se souhaiter une bonne nuit.

Elle

D'accord. Bonne nuit.

Lui

On l'a fait pendant douze ans, on peut bien le faire une fois de plus.

Elle

On a aussi fait l'amour, tous les soirs, pendant douze ans. Tu ne veux pas aussi qu'on fasse l'amour alors qu'on divorce demain ?

Lui

Pourquoi pas ?

(Elle rallume sa lampe.)

Elle

Tu as dit quoi ?

Lui

Pourquoi pas ?

Elle

Tu veux qu'on fasse l'amour ce soir alors que demain on va officialiser notre divorce ?

Lui

Pourquoi pas ?

Elle

(soufflée)

Ah… ah… alors toi, tu manques pas de toupet.

Lui

Pourquoi pas ?

Elle

(ironique)

Ah ben oui, pourquoi pas ? Ça te parait logique ?

Lui

Non mais pourquoi pas ?

Elle

Et pourquoi je ferais l'amour avec toi ?

Lui

Ça te ferait du bien. Tu es toute tendue-tendue.

Elle

Ah c'est par gentillesse alors que tu me proposes ça ?

Lui

Oui.

Elle

(en rage)

Il m'éneeeeerve !

(Elle éteint. Noir.)

Elle

Finalement, tu as raison.

(On entend qu'elle doit se ruer sur lui et commencer à l'embrasser.)

Lui

Eh ! La séparation !

Elle

On s'en fout.

Février

 

Février - Le pognon

 

(Elles remettent la chambre en ordre.)

 

Natacha

Je crois bien que je vais m'acheter les petites baskets roses de chez Adidas, j'ai mal au pied avec mes groles.

Alice

Dans notre métier faut être bien chaussée sinon, le soir, t'as les pieds comme des pastèques. Elles sont à combien ?

Natacha

150.

Alice

Ah oui ! C'est pas donné.

Natacha

Je vais être super confortable là-dedans, des vrais chaussons. (Elle chantonne.) "I'm singing in the rain… lala… lalala…"

Alice

Oh oh, du calme. Danser sous la pluie avec des baskets c'est des coups à attraper un rhume.

Natacha

Je vais peut-être prendre aussi le sweat à capuche de la même couleur, Kenny Arkana avait le même à la télé. Tu connais Kenny Arkana ?

Alice

Non. Travaille donc !

Natacha

C'est celle qui chante "J'vais pas laisser ma vie prisonnière de la leur / Quitte à galérer ici, je m'en vais galérer ailleurs / Tchao, tchao, les éducs ! J'me barre !…"

Alice

Hé oh, Natacha, tu redescends sur terre, oui.

Natacha

Non, sérieux, shoes roses, sweat rose, avec la couleur de mes yeux, ça sera top, tu trouves pas ?

Alice

T'as une fringale ou quoi ?

Natacha

Pourquoi tu dis ça ?

Alice

Acheter, acheter, t'as les moyens, toi ? Je croyais que t'arrivais tout juste à finir le mois.

Natacha

Oui mais là, j'ai envie.

Alice

Et tu vas payer avec quoi ? T'as touché la double paye ?

Natacha

Non…

(Elle sort deux billets de 100 € de la poche de sa blouse.)

Natacha

J'ai trouvé ça dans la 206, le client est parti, ni vue ni connue, hop !

Alice

Oh putain ! Donne ça, toi. J'avais oublié.

(Elle lui arrache les billets des mains.)

Natacha

Qu'est-ce que tu fais ? Je les ai trouvés.

Alice

Tu rigoles c'est moi qui les ai posés pour aller vider la poubelle. Le directeur m'a dit d'aller acheter des fleurs pour le client qui arrive ce soir et moi j'ai complètement oublié.

Natacha

Ah non ! t'es dure, là. Je rêvais la vie vachement en rose.

Alice

Hé, le nouveau client c'est Tony Parker, tu pourras lui parler de tes baskets !

Février - La grille de Loto

 

(L'homme regarde la télé, complètement excité. Sa femme tricote. Il compare ce qu'il voit avec une grille de Loto. Soudain il explose de joie en brandissant la feuille. Puis il se lève et traverse l'appartement en imitant le clairon, en dansant la salsa, etc.)

 

Elle

Qu'est-ce qui se passe, José ? José ne répond pas, il fait le mystérieux, il va au frigo, il prend une demiebouteille de champagne, remplit deux verres.

(Il trinque avec Liliane qui a gardé son tricot en cours.)

Elle

José ! Mais t'es fou ? Qu'est-ce qui te prend ? Mon tricot va sentir la vinasse.

Lui

On a gagné ! On a gagné !

Elle

On a gagné quoi ?

Lui

Ça !

(Il lèche la grille de Loto et se la colle sur le front.)

Lui

Quinze mille euros !

(Liliane explose de joie aussi.) Février

(Ils font les fous.)

Elle

Oh, la chance !… C'est maman qui va être contente !

Lui

Pourquoi ta mère ? Si tu crois que je vais lui donner un seul centime.

Elle

Mais José, c'est pas le billet qu'était sur la télé ?

Lui

Si.

Elle

C'est le billet de maman. Elle est en thalasso, elle m'a demandé de lui prendre son billet.

Lui

(sortant un autre billet)

Eh ben, tu lui donneras le mien. Hé ! Elle a de la chance, trois bons numéros. 5 € ! Je me fous pas d'elle !

(Il danse quelques pas de salsa.)

Elle

Ça ira pas José.

Lui

Quoi ? Quoi ? Pourquoi ça ira pas ?

Elle

Elle m'a dit de jouer sa date de naissance avant de venir à Limoges. Y'a pas sa date de naissance sur la grille ?

Lui

Sur celle-là, non, puisqu'elle est sur la grille gagnante !

Elle

Alors c'est maman qui a gagné.