Purée d'avocats !

Vincent Durand

Éditions Art et Comédie

 

3, rue de Marivaux 75002 Paris Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction réservés pour tous pays ISBN : 978-2-37393-280-5 © Fantasio/Éditions Art et Comédie 2019

 

Éditions Art et Comédie - Note sur l'auteur

 

Vincent Durand est né en 1968, en Isère. Membre d'une troupe de théâtre amateur, il se lance très tôt et avec bonheur dans l'écriture de comédies. Monsieur Claude, Filles au pair, Drôles de couples ou encore Recherche femme désespérément, vaudevilles dans la plus pure tradition, connaissent rapidement un très large succès dans toute la France et les pays francophones. Purée d'avocats ! est sa dix-huitième pièce publiée.

 

Personnages

 

par ordre d'apparition sur scène

 

Suzette : la cinquantaine, bonne de la maison, sans-gêne et curieuse. Fabien : la quarantaine, fringant avocat, un tantinet cynique. Constance : la quarantaine, épouse de Fabien, agréable et un peu fofolle. Lola : la trentaine, jeune femme olé-olé voire nymphomane. Patrick : la quarantaine, bon vivant aux blagues parfois lourdes. Jean-Philippe : la trentaine, genre brute épaisse. Julie : vingt-cinq ans environ, caractère enjoué. Auguste : la soixantaine, très austère et genre vieille France.

 

Décor

 

Un seul décor : un salon faisant office d'antichambre. L'ameublement est moderne avec, au centre, un canapé, un porterevues et une table basse posée sur un tapis. En arrière-plan, un bar et un petit meuble sur lequel sont posés une lampe et un vase. Il y a un miroir sur l'un des murs. L'entrée est située en arrière-plan, au centre. Côté jardin, une baie donne sur le parc, une porte conduit à un placard et une autre aux toilettes. Côté cour, un escalier de quelques marches conduit aux chambres, une porte à la cuisine et une autre à la cave.

 

Acte I

 

Acte I - Scène 1

 

Suzette, Fabien

 

Bruit de clés.

 

Suzette

(arrive dans la maison. Mal fagotée, elle porte un ciré ou ce qui y ressemble… Suzette, en chantonnant, enlève langoureusement un à un les boutons de son ciré)

"Déshabillez-moi, oui mais tout de suite, oui mais très très vite ! Sachez me désirer, m'embrasser, me retourner… (Au public.) Et vous : déshabillez-vous !" (Elle ouvre le placard, y range son ciré, en sort une blouse, l'enfile et se regarde dans le miroir fixé sur le mur. Apparemment peu satisfaite de sa nouvelle tenue, elle retourne vers le placard, en sort une autre blouse qu'elle met à la place de la première. Elle se regarde à nouveau dans le miroir et semble cette fois-ci satisfaite du résultat. Elle sort du placard un balai et une pelle. Elle se sert du balai comme micro et commence à pousser la chansonnette sur l'air de Mademoiselle chante le blues.) "Mademoiselle change de blouse ! Elle a une grosse pelle dans les doigts et elle nettoie… Mademoiselle change de blouse !" (Elle donne un rapide coup de balai et met la poussière sous le tapis.) Tu es poussière et tu retourneras à la poussière ! (Elle s'assoit sur le canapé, pose les pieds sur la table basse et commence à feuilleter un magazine féminin, qu'elle a trouvé dans le porterevues.) Passons aux choses sérieuses… Voyons voir… (Lisant.)

"Je n'ai pas fait l'amour depuis un mois : est-ce grave ?" Non mais de quoi elle se plaint celle-là ? J'vous jure ! (Lisant à nouveau.) "Mon mari me trompe avec notre femme de ménage." Ouais, ben faudra me donner l'adresse ! (Se relevant.) Allez, Suzette ! Se cultiver, c'est bien, mais faute d'un mari, y a le boulot qui te tend les bras ! (Elle range le balai et la pelle puis sort un aspirateur du placard, qu'elle essaie de brancher, en vain : il ne fonctionne pas, malgré plusieurs tentatives. Elle branche une lampe sur la même prise de courant : constat d'échec identique. Elle souffle.) Ça, c'est pas de veine ! Pour une fois que j'aspirais à bosser ! On fait vraiment rien pour favoriser le travail, dans ce pays !

(Elle ouvre la porte qui conduit à la cave et en descend les marches.)

Suzette

(off, sur l'air de Je n'aurai pas le temps)

"Même en chantant, je n'ai pas de courant, pas de courant !" Fabien, très élégant, descend l'escalier qui conduit aux (chambres. Il constate la présence de l'aspirateur et jette un œil rapide en cuisine.)

Fabien

Où est-elle passée ? D'habitude, on la voit et on l'entend de loin !

(Fabien gagne le parc. Retour de Suzette. Elle cherche un annuaire, qu'elle finit par trouver, et le consulte.) Suzette . – Faut vraiment tout faire dans cette baraque ! Heureusement que je sais doser mes efforts… Question de survie. Alors… (Tournant les pages de l'annuaire.) Élagage… (Elle se passe la main sur les jambes et sous une aisselle.) Non, c'est bon : le débroussaillage peut attendre, c'est pas encore la forêt vierge… Ah ! voilà : électriciens… (Elle compose un numéro.) Allô ! Bonjour, madame… Non, monsieur ? Ah ! vous êtes sûr de vous ?

J'aurais pourtant cru… Enfin, ça vous regarde… Ce serait pour une prise qui dysfonctionne… Vous n'avez pas le temps ? Ben faut le prendre, mon vieux !… Allô ! Allô !… Il a raccroché, le mufle ! C'est pas parce qu'on est imbécile qu'il faut être impoli, non mais quel crétin ! Moi, je dis toujours : si t'es bête ou moche, sois au moins poli ! Ça compense pas, mais ça peut aider ! (Ayant repris l'annuaire.) Au suivant !… Allô !… Ouais, c'est pour une prise qui déconne… Non, non, ça n'a pas disjoncté. Je viens de vérifier sur le tableau électrique… Mon adresse ? Ben vous êtes un rapide, vous, dites donc !… C'est au 53, rue Lamartine… Lamartine, en un mot… Oui, comme le peintre. C'est quand même beau la culture quand elle est partagée !… Vous n'êtes pas loin ? Ce serait super, comme dit mon garagiste… Dans combien de temps ?… Parfait, je serai à vous ! Façon de parler, naturellement. (Elle raccroche.) Ben voilà une bonne chose de faite, ou une chose faite par la bonne, au choix. C'est comme les hommes : faut persévérer… Remarquez, moi, ça fait bientôt quarante ans que je persévère ! (À un homme du public.) Dites, vous ne seriez pas libre d'ici une heure et demie ? (Elle va ranger l'aspirateur dans le placard et en sort un plumeau. Elle chantonne sur l'air de J'aurais voulu être un artiste.) "J'aurais voulu brancher l'aspirateur, pour pouvoir nettoyer le tapis ! J'aurais voulu être en sueur, pour une fois dans ma vie !"

Acte I - Scène 2

 

Suzette, Constance

 

Constance descend à son tour l'escalier qui conduit aux chambres ; amusée, elle écoute chantonner Suzette, qui ne l'a pas vue.

 

Constance

(toussotant)

Hum, hum…

Suzette

Madame Grangeon ! Vous étiez là ?

Constance

(amusée)

Je profitais du… récital.

Suzette

C'était offert par la maison.

Constance

C'est gentil.

Suzette

Ça vous a plu ?

Constance

Vous voulez mon avis ?

Suzette

(déçue, mais sans plus)

Non, ça ira.

Constance

Désolée, mais pour la musique comme pour les hommes, la variété n'a jamais été mon truc.

Suzette

(arborant le plumeau, chantonnant à nouveau)

"Mon truc en plumes, plumes de…"

Constance

Au risque de vous décevoir, je préfère de loin l'opéra.

Suzette

Moi, l'opéra, c'est de loin, même de très loin… Et, entre nous, je serais plus apéro qu'opéra.

Constance

(amusée)

C'est étonnant.

Suzette

Comme dit ma cousine Françoise : un petit apéro, ça vaut bien un grand opéra. Et l'avantage, c'est qu'on peut s'en taper plusieurs dans la même journée… Je vous en ai déjà parlé, de ma cousine Françoise ?

Constance

Je n'en ai pas souvenance.

Suzette

Oh ! elle a pas inventé la poudre… Comme son époux Gérard, d'ailleurs !

Constance

(un sourire aux lèvres)

Ce n'est donc pas un couple explosif.

Suzette

On s'est comprises.

Constance

La semaine dernière, figurez-vous qu'avec Fabien, nous avons assisté à un concert d'une qualité exceptionnelle, je ne vous dis que cela !

Suzette

Ça me suffira.

Constance

(sur sa lancée)

Nous avons eu droit à une berceuse de Fauré. Vous connaissez ?

Suzette

Ma foi… Moi, l'autre jour, c'est le foret de la perceuse de mon voisin auquel j'ai eu droit.

Constance

Le clou du spectacle a été le ballet sur une symphonie en sol.

Suzette

C'est sûr que le balai, c'est fait pour les sols. Sauf quand le manche est usé et qu'il perd ses poils… Un peu comme Gérard, d'après ce qu'en dit ma cousine.

Constance

En tout cas, je constate que vous n'avez pas perdu votre esprit d'à-propos.

Suzette

Ça, c'est comme mes kilos en trop : pour les perdre, c'est pas gagné.

Constance

Nous causons, là…

Suzette

Surtout vous.

Constance

… et je ne voudrais pas vous mettre en retard pour votre travail.

Suzette

Oh ! ça ne me chagrinerait pas plus que ça !

Constance

Sans doute, mais ce serait bien malvenu aujourd'hui.

Suzette

C'est vrai qu'avec le brigadier et tout et tout…

Constance

(corrigeant)

Le bâtonnier ! Le bâtonnier !

Suzette

(prenant un air snob)

C'est cela, oui.

Constance

Bâtonnier et, qui plus est, avocat à la cour d'appel.

Suzette

(soupirant)

Pour lui c'est la cour d'appel, alors que pour moi c'est la pelle dans la cour !… Et quand il se tient à la barre, moi, je me tiens au bar… Ou c'est le bar qui me tient… On n'est pas du même monde, ma bonne dame !

Constance

Maître Dubreuil est aussi un homme connu pour son sérieux. Fabien m'a dit qu'il lui arrivait de passer des nuits dans son cabinet.

Suzette

Moi, la semaine dernière, j'ai passé une nuit sur les cabinets à cause d'une choucroute pas fraîche.

Constance

(amusée)

Quelle complémentarité, dites donc ! Maître Dubreuil fait dans le gars strict et vous dans le gastrique !

Suzette

(haussant les épaules)

On fait avec ce qu'on a.

Constance

Vous le savez : Fabien accorde une grande importance à cette visite… Trop, d'ailleurs, à mon goût. Mais bon, vous connaissez les hommes…

Suzette

(fataliste)

Ben non, pas trop, hélas !

Constance

Les hommes et leurs ambitions… Fabien s'est mis en tête d'être le prochain bâtonnier.

Suzette

Être caniche à la place du caniche, quoi !

Constance

Voilà, vous avez tout compris.

Suzette

(rigolant)

Tout tout compris… "Tout tout" : j'dis ça par rapport au caniche !

Constance

Oui, oui…

Suzette

(pouffant)

"Ouah ! ouah !" plutôt.

Constance

Et vous pensez vous en sortir ?

Suzette

(rigolant à nouveau)

Je vais me donner un mal de chien !

Constance

(rigolant à son tour)

Décidément, vous avez trouvé une niche !

Suzette

Si vous vous y mettez vous aussi…

Constance

(directive mais sans excès)

Vous, vous devriez plutôt vous mettre au travail.

Suzette

Quand j'y pense… Heureusement que je vais être secondée !

Constance

Ah oui ! C'est vrai… Par une personne de qualité, n'est-ce pas ?

Suzette

J'espère bien ! En fait, je ne la connais pas personnellement, je sais juste qu'elle s'appelle Julie. Elle m'a été recommandée par Gérard, le mari de ma cousine.

Constance

C'est tout dire !

Suzette

Elle devrait bientôt se pointer. Je vous parle de la serveuse, pas de ma cousine.

Constance

Merci de la précision.

Suzette

Pour ma cousine, ce serait compliqué : elle est en cure, en ce moment.

Constance

Tiens donc !

Suzette

Pour ses jambes ! Figurez-vous qu'elle a des problèmes de circulation. Pour l'épouse d'un gendarme, avouez que c'est le comble !

Constance

J'en conviens.

Suzette

Pour revenir à notre affaire, ma cousine m'a assuré que la fille qui doit venir avait l'habitude de faire des extras en tant que serveuse et qu'elle était très sérieuse, ce qui ne sera pas pour vous déplaire.

Constance

C'est vrai.

Suzette

Et très mignonne aussi, à ce qu'il paraît, ce qui ne sera pas pour déplaire à votre mari.

Constance

Hum…

Suzette

Quand on parle du loup, on en voit la queue…

Acte I - Scène 3

 

Les mêmes, Fabien

 

Retour de Fabien.

 

Fabien

Ah !… Bonjour, Suzette.

Suzette

Bonjour.

Fabien

Fidèle au poste, à ce que je vois.

Suzette

(chantonnant)

"Fidèle, je suis restée fidèle !"

Fabien

(faux)

Toujours votre sens inné de la mélodie…

Suzette

Enfin une oreille complaisante !

Constance

Compatissante, plutôt.

Fabien

(à Suzette)

Je vous cherchais vainement : une vraie anguille !

Suzette

D'habitude, je fais plutôt dans le thon.

Constance

Hum… Suzette et moi faisions le point sur l'organisation de la soirée.

Fabien

J'allais justement vous en parler.

Suzette

Les grands esprits finissent toujours par se rencontrer !

Fabien

Mais ils prennent vite des chemins différents.

Suzette

Pour votre réception avec le braconnier…

Constance

(rectifiant à nouveau)

Le bâtonnier ! Le bâtonnier !

Suzette

Oui, avec lui aussi. Décidément, on va finir par être nombreux à votre petite sauterie ! Bon, avec l'un ou l'autre, faut pas vous mettre le Marcel par la tête.

Constance

(rectifiant)

Vous voulez dire se mettre martel en tête ?

Fabien

Martel, avec un "t".

Suzette

Moi, j'sais pas vous, mais le thé, je le digère mal… Et puis, Marcel, j'aime bien comme prénom… Jeune, j'en ai connu un… Un vrai séducteur, le gazier ! Les seules choses qu'il ait pas draguées, c'est les fonds marins… et moi. Bon, pour revenir à notre soirée, enfin à la vôtre plutôt, je répète qu'il faut pas se prendre le chou.

Constance

(à Fabien)

Tu entends ?

Suzette

Ça me fait penser qu'en revanche, faudra pas que j'oublie de prendre les choux. C'est le dessert que j'ai choisi. Je dois aller le chercher à la pâtisserie du coin.

Constance

Pour le menu, vous savez que vous avez carte blanche.

Fabien

(embrayant)

Et surtout ma carte bleue.

Suzette

(à Fabien)

Pour l'entrée, j'ai pensé à vous.

Fabien

Délicate attention.

Suzette

Oui, j'ai prévu des avocats.

Constance

C'est effectivement de circonstance.

Suzette

Mais attention : j'ai demandé à ce qu'on me livre des avocats haut de gamme.

Fabien

Ça me va.

Suzette

Frais, avec la peau dure mais le cœur tendre.

Fabien

C'est tout moi.

Suzette

Et bien riches en graisse.

Fabien

Ah ?

Suzette

Le primeur doit les livrer ici sous peu.

Constance

(qui s'est assise sur le canapé)

Et pour le plat principal ?

Suzette

(la regardant)

Une pintade farcie sur canapé.

Fabien

C'est… original.

Suzette

Le charcutier me l'a préparée.

Fabien

Et vous allez pouvoir tout gérer ?

Suzette

Faudra bien ! De votre côté, j'espère que vous allez pouvoir tout digérer.

Constance

Une serveuse doit venir épauler Suzette. (À Suzette.) Une certaine Julie, c'est bien ça ?

Suzette

Oui, enfin, à ce que j'en sais.

Constance

(à Fabien)

C'est une bonne idée, non ?

Suzette

Une bonne idée, mais pas une idée de la bonne ; elle vient de mon cousin. Faut rendre à Gérard ce qui est à Gérard.

Fabien

Parfaitement, sinon où allons-nous ?

Suzette

Vous, j'sais pas, mais moi, dans la cuisine. J'ai du pain sur la tranche !

(Suzette gagne la cuisine.)

Acte I - Scène 4

 

Constance, Fabien puis Suzette

 

Constance

Tu es rassuré ?

Fabien

(fataliste)

On va dire ça.

Constance

Suzette va faire de son mieux.

Fabien

Le mieux est l'ennemi du bien.

Constance

Je reconnais qu'elle ne flirte pas toujours avec la finesse.

Fabien

On ne choisit pas toujours avec qui on sort.

Constance

Et que son langage peut dérouter.

Fabien

Les Dubreuil risquent d'y perdre leur latin.

Constance

(sur sa lancée)

Et aussi que la cuisine n'est pas son fort.

Fabien

Si c'est du clé en main, ça devrait passer.

Constance

Heureusement, elle va être épaulée.

Fabien

Espérons que cette… Julie fera l'affaire.

Constance

Suzette ne la connaît pas, mais on la lui a recommandée pour son sérieux.

Fabien

Croisons les doigts pour qu'il n'y ait pas d'impair.

Constance

L'imper, très peu pour moi. Je pensais plutôt mettre ma robe de soirée. Qu'est-ce que tu en penses ?

Fabien

Qu'elle a coûté très cher.

Constance

(un peu vexée)

Merci de le rappeler. Mais tu ne crois pas que c'est une bonne idée de la porter ce soir pour nos invités ?

Fabien

Pourquoi pas ?

Constance

On dit de Mme Dubreuil qu'elle est très élégante.

Fabien

Faut bien que l'emballage sauve le contenu.

Constance

Charmant pour elle.

Fabien

Mais tellement réaliste ! Quand tu verras l'engin, tu comprendras. En tous les cas, je compte vraiment sur son mari pour m'appuyer pour sa succession ; il a une grande influence au sein de l'ordre des avocats.

Constance

Tu penses sérieusement qu'un simple dîner peut l'influencer ?

Fabien

Les petits riens font les grands touts.

Constance

Si tu le crois. Nous verrons bien. En attendant leur venue, je vais au parc cueillir quelques roses. Ça égayera la maison.

Fabien

Bonne idée !

Constance

Tu m'accompagnes ?

Fabien

Deux ou trois petites choses à régler et je te rejoins.

(Constance gagne la terrasse et Fabien grimpe l'escalier. Suzette sort de la cuisine.)

Suzette

(chantonnant, sur l'air de La Cavalerie)

"Moi, je dois filer à la pâtisserie… La la la la la la… La pâtisserie…" (Suzette sort de la maison.)

Acte I - Scène 5

 

Fabien, Lola

 

Retour de Fabien. Il a son portable à l'oreille.

 

Fabien

Nous vous attendons avec impatience. Mais ne vous inquiétez surtout pas si vous avez un peu de retard… Non ?… Vous serez là à l'heure précise… Comme vous dites : la ponctualité n'a pas de prix ! (Il range son portable.) Pauvre ringard !

(On sonne. Fabien va ouvrir. Une jeune femme est devant la porte.)

Lola

(aguicheuse)

Bonjour, toi !

(Abasourdi, Fabien tente de refermer la porte mais Lola est déjà entrée.)

Fabien

C'est pas possible !

Lola

Si, si ! Tout à fait possible !

Fabien

Lola !

Lola

En chair et en os ! (Mettant en avant sa poitrine.) En chair, surtout.

Fabien

Mais… Mais qu'est-ce que tu fais là ?

Lola

Je viens te voir, comme prévu.

Fabien

Comment ça, comme prévu ?

Lola

Ben on est vendredi, non ? (Se jetant sur lui.) Et vendredi, on s'éclate au lit !

Fabien

Tu as de ces formules !

Lola

Dis donc, celle-là, c'est toi qui me l'as sortie ! (Allusive.) Remarque, tu peux me sortir autre chose si tu veux !

Fabien

Une autre fois.

Lola

Ma venue ne te fait pas plaisir ?

Fabien

C'est pas ça mais…

Lola

(toujours aguicheuse)

Je sais : le plaisir viendra après.

Fabien

Tu n'as donc pas eu mes messages ?

Lola

Quels messages ?

Fabien

(sec)

Ceux que je t'ai laissés sur ton portable.

Lola

Ben non ! C'est que j'ai eu des problèmes avec ma messagerie.

Fabien

C'est une catastrophe !

Lola

(avec légèreté)

Oh ! pas tant que ça ! J'ai dû simplement faire une fausse manip et hop ! tous les messages envolés ! C'est bête, hein ?

Fabien

Plutôt.

Lola

Mais tout est rentré dans l'ordre.

Fabien

J'en suis ravi pour toi.

Lola

Et tu me disais quoi dans tes messages ?

Fabien

Que je ne voulais pas que tu viennes ce vendredi.

Lola

Ça, c'est pas très gentil. Je me suis décarcassée corps et âme pour me libérer… Bon, mon corps, c'est pas un souci, il est toujours d'accord…

Fabien

(paniqué)

Tu ne peux pas rester là !

Lola

Tu as raison !

Fabien

(soufflant)

Ouf !

Lola

Oui, ici, c'est pas terrible. (Directe.) On va tout de suite dans la chambre ?

Fabien

Tu n'y penses pas !

Lola

Oh si ! Depuis ce matin !

(Fabien jette un œil inquiet en direction du parc. Pendant ce temps, Lola a enlevé prestement sa robe et l'a cachée derrière le bar.)

Fabien

(découvrant Lola en sous-vêtements)

Mais qu'est-ce que tu fais ?

Lola

Je prends de l'avance ! Comme on dit : ce qui est fait n'est plus à faire.

Fabien

T'es complètement folle !

Lola

(se jetant à nouveau sur lui)

De toi, oui !

Fabien

Oh là là !

Lola

Ben qu'est-ce qui se passe, mon Fafa ?

Fabien

Je n'aime pas que tu m'appelles comme ça !

Lola

Ben quoi ? Toi tu me dis bien "Lol" !

Fabien

(sec)

Là, ça se justifie.

Lola

(naïve)

Ah bon ?