BEN MON COLON!

Marie LAROCHE-FERMIS

Éditions ART ET COMÉDIE

3, rue de Marivaux 75002 PARIS

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction réservés pour tous pays ISBN : 978-2-37393-235-5 © Edicom Direct/Éditions Art et Comédie 2017

NOTE DE L'AUTEURE

 

Lutte des classes ou préjugés ? Peu importe… Cette histoire est avant tout humaine. Chaque personnage joue une comédie, à sa façon. On peut retrouver une partie de nous-mêmes dans chacun d'eux… et en rire ! Marie LarOChe-FerMis

 

PERSONNAGES

par ordre d'entrée en scène

 

DaLiLa La fiancée WiLLiaM L'ex de la fiancée MarC-antOine Le fiancé Jean-Gaëtan De La CLOque Le colonel Marie-aDéLaïDe De La CLOque La colonelle BLOnDie CrystaL La comédienne FranCky rivers Le comédien BernaDette PatOuiLLarD La voisine CharLOtte L'ex du fiancé

DÉCOR

une kitchenette ouverte sur un coin salon. une porte d'entrée. un couloir censé mener aux toilettes et à la chambre. une sortie menant au jardin.

ACTE I

 

Dalila est dans sa kitchenette. On sonne. C'est William. Il a un sac de sport à la main.

 

DALILA

William !!!

WILLIAM

Bonjour, Dalila.

DALILA

(en colère)

qu'est-ce que tu viens faire ici ?

WILLIAM

il faut que je te parle…

DALILA

en ce qui me concerne, je pense qu'on s'est tout dit ! en plus tu tombes mal, je n'ai vraiment pas de temps à t'accorder aujourd'hui.

WILLIAM

Mais c'est important…

DALILA

Oh ! ça peut certainement attendre vingt-quatre heures…

WILLIAM

s'il te plaît…

DALILA

écoute, excuse-moi mais j'attends du monde. tu reviendras un autre jour.

WILLIAM

tu peux bien m'accorder cinq minutes… allez…

DALILA

(en soupirant)

Bon… vas-y… je t'écoute.

WILLIAM

Je ne vais pas rester sur le palier, laisse-moi entrer, quand même !

DALILA

(soupirant à nouveau, elle s'efface pour le laisser entrer)

D'accord mais je te répète, j'ai très peu de temps. alors fais vite.

WILLIAM

(pose son sac dans un coin et regarde autour de lui)

Dis donc, ça n'a pas changé ici. Les meubles, les rideaux, la déco…

DALILA

Je peux savoir ce que tu as à me dire ?

WILLIAM

tu te rappelles, je m'amusais à changer les bibelots de place… Même si c'était le plus petit, dans un coin, tu t'en rendais compte immédiatement.

DALILA

(agacée)

Oui… J'aime que tout soit à la même place autour de moi.

WILLIAM

Moi aussi, j'étais toujours là… Ça ne t'a pas empêché de m'éjecter…

DALILA

J'avais une bonne raison, non ?

WILLIAM

Oui… bien sûr…

DALILA

tu veux que je te rafraîchisse la mémoire ?

WILLIAM

non, non…

DALILA

Bon. tu avais quelque chose d'important à me dire, il paraît, alors vas-y, dis-le. Dis-le et pars !

WILLIAM

tu n'es pas très contente de me revoir, hein ?

DALILA

Je crois que tu n'as pas bien compris : je n'ai vraiMent pas le temps. alors arrête de tourner autour du pot ! Je t'écoute. tu as deux minutes…

WILLIAM

tu ne me facilites pas la tâche…

DALILA

C'est fini, oui ? Je t'avertis, si dans une seconde tu ne…

WILLIAM

Je n'arrive pas à vivre sans toi ! Je t'aime toujours et… je voudrais qu'on se remette ensemble…

DALILA

non, mais tu plaisantes ! tu as oublié pourquoi on s'est séparés ?

WILLIAM

et toi, pourquoi on s'est aimés…

DALILA

(le poussant vers la porte)

Bon, si c'est tout ce que tu avais à me dire, tu peux repartir comme tu es venu.

WILLIAM

(se dégageant)

J'ai dérapé, d'accord… si tu savais comme je regrette, comme je m'en veux… tu ne peux pas me rayer de ta vie comme ça ! J'ai compris la leçon, tu sais, je te jure que si tu me laisses revenir…

DALILA

Même pas en rêve !

WILLIAM

(suppliant)

ne me dis pas que tu ne penses jamais à moi… tiens, quand tu t'assois sur ce canapé…tu te rappelles, on y avait…

DALILA

Ça suffit ! Dehors ! (Elle ouvre la porte, le pousse dehors et referme.)

WILLIAM

(rentrant)

il n'y a pas d'espoir, hein ?

DALILA

inutile de me faire tes yeux de cocker, ça ne marche pas.

WILLIAM

(abattu)

O.k… d'accord… tu ne m'aimes plus… Pardon de t'avoir dérangée, je ne t'embêterai plus… plus jamais… promis.

(Il sort sur le palier, Dalila aperçoit le sac de sport.)

DALILA

attends, tu oublies ton sac. (Elle le soulève, il est très lourd.) Mais… bon sang !… qu'est-ce qu'il y a là-dedans ?

WILLIAM

(surjouant)

rien !… non ! surtout ne l'ouvre pas !

DALILA

Mais ce n'était pas mon intention…

WILLIAM

(même jeu)

n'insiste pas ! De toute façon, ce qui me concerne ne t'intéresse plus, c'est bien ce que tu m'as fait comprendre, non ? (Dalila, agacée, lui tourne le dos. Il vient vers son sac, tire la fermeture Éclair et l'attrape par une seule anse. À l'intérieur, il y a une grosse pierre avec une corde attachée autour qui se renverse sur le sol. Faussement :) Oh non ! quand le sort s'en mêle…

DALILA

Mais… qu'est-ce que… tu penses aller où avec ça ?

WILLIAM

Je vais faire une balade autour du lac…

DALILA

avec une pierre entourée d'une corde ! une corde que tu as l'intention de te nouer autour du cou ou de la taille avant de faire un plongeon dans le lac ! C'est ça ?

WILLIAM

(même jeu)

ah ! mais pourquoi tu as ouvert ce sac ? toi et ta maudite curiosité…

DALILA

tu veux te suicider ?!

WILLIAM

qu'est-ce que ça peut te faire ?

DALILA

tu es complètement fou !

WILLIAM

non, je suis désespéré… tu ne m'aimes plus alors je ne veux plus vivre…

DALILA

Mais… Mais tu te rends compte que si tu fais ça, tu vas bousiller ma vie ?

WILLIAM

surtout la mienne…

DALILA

La mienne aussi ! Ce serait de ma faute… Je ne me le pardonnerais jamais !

WILLIAM

Ça… j'avoue que tu y serais un peu pour quelque chose. À ta place, moi aussi je serais rongé par le remords.

DALILA

Je t'interdis de te suicider, tu entends ! tu n'as pas le droit ! reprends-toi, voyons, ce n'est pas la fin du monde ! tu vas trouver quelqu'un d'autre… tu m'oublieras !

WILLIAM

Je suis déjà mort… tu étais le sel de ma vie. sans toi tout est fade, alors à quoi bon…

DALILA

tu as un gros coup de blues, mais ça va passer.

WILLIAM

Je ne pense pas, non…

DALILA

tu sais ce que tu vas faire ? tu vas réfléchir calmement à tout ça. rentre chez toi et demain, promis, on en parlera.

WILLIAM

Oui, c'est ça… demain… demain… (Sourire triste. Il lui pince la joue tendrement et finit par une caresse. Il commence à partir.)

DALILA

non ! attends ! reste ici !

WILLIAM

tu m'as dit que tu étais très occupée…

DALILA

Je m'arrangerai.

WILLIAM

Laisse tomber. De toute façon, je veux être seul.

DALILA

il n'en est pas question ! tu risques de faire une grosse bêtise. allez, ne discute pas, tu restes, un point c'est tout !

WILLIAM

Puisque tu insistes…

DALILA

Ce soir, on en reparlera tous les deux et tu verras, ça va aller.

WILLIAM

si tu le dis… Je voudrais me passer un peu d'eau sur la figure.

DALILA

Oui, bien sûr. La salle de bains, c'est par là.

WILLIAM

Je connais le chemin !

(Elle prend le sac, le porte difficilement et le met sous le placard de l'évier. Marc-Antoine arrive avec un carton de pâtissier.) MARC-ANTOINE. – et voilà le gâteau ! Cette fois, il ne manque plus rien ! Je suis tombé sur la voisine d'en face, la mère Patouillard. Je ne pouvais plus m'en débarrasser. elle voulait tout savoir. elle est plus curieuse que trente-six fouines ! (Il voit la tête de Dalila.) Oh ! toi, tu stresses !

DALILA

Ben… c'est-à-dire que… MARC-ANTOINE, la prend dans ses bras et la fait tourner. – allez, décontracte-toi, tu verras, tout se passera bien. Mes parents vont t'adorer !

DALILA

Oui… sans doute… mais c'est plutôt que… MARC-ANTOINE. – et moi, je vais adorer ta mère… et je vais lui plaire aussi, c'est couru d'avance !

DALILA

C'est que… il y a une chose qui risque de… MARC-ANTOINE. – rien du tout ! arrête de te monter la tête. De toute façon, c'est trop tard. aujourd'hui, c'est le grand jour. tout ce petit monde va faire connaissance !

DALILA

Justement… il faut que tu…

MARC-ANTOINE. – tss tss tss… allez, souris ! Mieux que ça !

(William revient de la salle de bains. Marc-Antoine se fige, éberlué.) qu'est-ce qu'il fait là, lui ?

DALILA

C'est ce que j'essaie de te dire depuis tout à l'heure…

WILLIAM

Je ne pensais pas rester mais Dalila a insisté. MARC-ANTOINE, à Dalila. – Comment ça, tu as insisté ? tu peux m'expliquer ?

WILLIAM

Ça ne sert à rien de lui crier dessus. MARC-ANTOINE. – Je ne lui crie pas dessus, je veux des explications. et puis d'abord, ce ne sont pas tes oignons, O.k. ?

DALILA

(à Marc-Antoine)

inutile de l'agresser. (À William.) Laisse-nous un moment, tu veux bien ?

(William repart.) MARC-ANTOINE. – Je t'écoute.

DALILA

William est venu pour me dire que je lui manquais… MARC-ANTOINE. – Charmant.

DALILA

et qu'il voulait qu'on se remette ensemble… MARC-ANTOINE. – De mieux en mieux ! et tu as répondu quoi ? non parce que, si tu as des doutes, ce serait bien que je le sache tout de suite. il est encore temps de décommander les parents.

DALILA

arrête. ne sois pas ridicule. Je lui ai fermement fait comprendre que tout était terminé. MARC-ANTOINE. – alors, pourquoi il est toujours là ? et pourquoi il sortait de la chambre ?

DALILA

De la salle de bains. il a voulu se rafraîchir un peu, reprendre ses esprits. tu dois le ménager… il est très fragile, tu sais. MARC-ANTOINE. – Oh ! le pauvre chou !

DALILA

ne plaisante pas ! il voulait se suicider ! tu te rends compte ? MARC-ANTOINE. – ah bon ! et il ne veut plus ? Dommage…

DALILA

tu es cruel… MARC-ANTOINE. – quand on décide vraiment de se suicider, on le fait, on ne l'annonce pas en le criant sur les toits !

DALILA

Mais il n'a rien dit ! il allait repartir lorsque je me suis rendu compte qu'il oubliait son sac… et tu sais ce qu'il y avait dedans ? une pierre avec une corde attachée autour ! tu te rends compte ? MARC-ANTOINE. – Joli coup ! il t'a mis ça sous le nez pour t'attendrir !

DALILA

Pas du tout. quand il a attrapé son sac, la fermeture éclair a craqué et j'ai vu la pierre. MARC-ANTOINE. – La fermeture éclair a craqué… tiens donc… comme par hasard !

DALILA

qu'est-ce que tu sous-entends ? qu'il l'aurait fait exprès ? MARC-ANTOINE. – évidemment ! Oh ! la mise en scène ! Mais comment fais-tu pour te laisser abuser de la sorte ?

DALILA

Je suis idiote, c'est ça ?

MARC-ANTOINE. – Je n'ai jamais dit ça mais je le connais, il a profité de ta naïveté.

DALILA

Je vois… alors tu penses qu'on ne peut pas m'aimer au point de ne plus pouvoir vivre sans moi et que je ne suis pas assez bien pour qu'on se suicide pour moi ! MARC-ANTOINE. – quelque part, ça te flatte, hein ?

(William revient.)

WILLIAM

(emphatique)

Je vous en prie, arrêtez ! ne vous disputez pas à cause de moi. Je ne veux pas semer la discorde dans votre couple. (À Dalila.) vis ton amour, ma chérie, ne culpabilise pas. J'ai tenté une dernière fois ma chance mais j'ai compris que tu étais certaine de ton choix et que je devais abandonner l'espoir de te reconquérir. Je vais partir, maintenant, je ne veux pas être un obstacle à ton bonheur. MARC-ANTOINE, applaudit lentement. – Oh ! que c'est beau ! que c'est grand ! que c'est généreux ! quelle abnégation !

DALILA

tais-toi ! tu ne vois pas qu'il souffre ?

WILLIAM

Laisse… tout le monde n'a pas la même sensibilité. Bien… donne-moi mon sac.

DALILA

C'est hors de question ! tu restes ici !

WILLIAM

inutile de vouloir me retenir…

DALILA

(à Marc-Antoine)

Mais enfin, dis quelque chose, toi ! MARC-ANTOINE. – J'aurais bien quelques idées à lui suggérer : le gaz… la pendaison… la défenestration… je ne sais pas, moi, la voiture dans le ravin… les somnifères… sinon… ah oui ! Je dois avoir quelques lames de rasoir dans un coin !