Le Club des poulettes

érôme DUBOIS

Éditions ART ET COMÉDIE

3, rue de Marivaux 75002 PARIS

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction réservés pour tous pays ISBN : 978-2-37393-225-6 © Éditions ART ET COMÉDIE 2017

PERSONNAGES

RAYMOND : la soixantaine, style vieillot

 

CLAUDINE : la femme de Raymond, la soixantaine

Look vieillot également.

 

MATURIN : le fils de Raymond et Claudine, la quarantaine

Vieux garçon, pas plus à la mode que ses parents.

 

PÉPÉ : le père de Claudine, 80 ans environ

Il vit chez eux. Un peu grincheux et souvent fourré aux toilettes à cause de sa prostate.

 

LE MAIRE : la soixantaine

Maire de Champcrotteux et grand ami de Raymond. Plus distingué que lui.

 

MARTINE : la soixantaine également

C'est la femme du maire et la grande amie de Claudine. Plus élégante qu'elle.

 

SIMPLETTE : la fille du maire et de Martine, la quarantaine

Pas gâtée par la nature, elle est plutôt moche et a un sale caractère ! On pourra enlaidir l'actrice avec des lunettes double foyer, des cheveux gras, une tenue démodée…

 

KATE et BARBARA : deux touristes américaines, plutôt vives

Tenues décontractées, appareil photo en bandoulière autour du cou pour l'une d'elles… L'un des rôles peut facilement être tenu par un homme déguisé en femme.

 

FERNANDE :80 ans

Belle dame de la ville, portant une belle robe, un beau chapeau…

 

(Si besoin, il sera facile de vieillir certains acteurs avec des perruques blanches ou grisonnantes. Pour ne léser aucun des acteurs, tous les personnages interviennent régulièrement tout au long de la pièce.)

DéCOR

 

Un intérieur vieillot.

 

Bien à gauche ou à droite contre le mur, un lit, celui de Pépé. Le pied du lit se trouvant face au public. de l'autre côté, une table recouverte d'une grande nappe trainant jusqu'au sol afin qu'une personne puisse se cacher dessous sans être vue ni des acteurs, ni du public. Un placard occupera un coin au fond de la pièce. Une plante verte dans l'autre coin au fond de la scène.

 

Le centre de la pièce est plutôt vide laissant apparaitre une porte avec l'inscription WC bien visible du public, au milieu du mur du fond. Vous l'avez compris, elle donne dans les toilettes. On y posera un WC suffisamment haut pour que le public le voit quand la porte est ouverte, quitte à le mettre sur une petite estrade. Un d'occasion en mauvais état fera largement l'affaire. On pourra aussi imaginer une simple caisse en bois style toilette sèche artisanale où l'on fixera un abattant de WC qu'on laissera en position relevée pour donner l'impression que ce sont des toilettes.

 

Une autre porte donnant côté cour à l'extérieur de la maison et une autre à l'opposé côté couloir donnant dans les autres pièces de la maison.

 

ACTE I

 

Au lever du rideau, Raymond s'apprête à sortir, il s'est mis sur son 31, style un peu vieillot quand même. Il a l'air impatient. Pépé dort dans son lit, presque assis tellement il a d'oreillers derrière la tête. On voit ses pieds sales qui dépassent au bout du lit, face au public.

 

RAYMOND

(s'agitant dans tous les sens)

Qu'est-ce qu'il fout ? Mais, qu'est-ce qu'il fout ? Non mais, qu'est-ce qu'il fout ? On va rater le début, enfin !

CLAUDINE

(entrant côté couloir, balayant tout en douceur, caressant le sol avec le balai en chantonnant)

Un jour, mon prince charmant reviendra… Un jour, mon prince charmant reviendra…

RAYMOND

(un peu vexé, se raclant la gorge assez fort pour montrer qu'il est là)

Oui, ben, je suis là, moi… (Et voyant qu'elle ne lui prête guère d'attention.) Oh, oh, Claudine, je suis là…

CLAUDINE

(elle prend son balai en guise de cavalier et se met à valser avec lui)

Un jour, mon prince charmant reviendra… Un jour, mon prince charmant reviendra…

RAYMOND

(la stoppant net)

Stop !… T'es tombée amoureuse de ton balai, ou quoi ?!

CLAUDINE

On peut rêver un peu, non…

RAYMOND

C'est vexant, Claudine, je t'assure ! Voilà maintenant quarante ans qu'on est mariés, et tu fredonnes : "Un jour, mon prince charmant reviendra", comme si… Avoue que c'est un peu… Enfin, pas très…

CLAUDINE

Ah, mais c'est pas contre toi, Raymond ! C'est juste que, quand je regarde le dVd de Blanche-Fesse et les p'tits nains, ça me rend… ça me rend…

RAYMOND

ça te rend… toute bizarre ! d'ailleurs, qu'est-ce qu'ils ont été l'appeler "Blanche-Fesse" ? Avoue que c'est un drôle de nom quand même !

CLAUDINE

Rapport à qu'elle sort jamais de chez elle, donc elle voit jamais le soleil ! Tu comprends bien que c'est très imaginé.

RAYMOND

Mais, pourquoi elle y sort jamais de chez elle ?

CLAUDINE

Parce qu'elle y attend son prince charmant qui est parti combattre un dragon !

RAYMOND

(pas convaincu)

Pffuuu ! N'importe quoi…

CLAUDINE

Et toi, on dirait que t'attends quelqu'un aussi ?

RAYMOND

Pas le prince charmant, j't'assure ! J'attends le maire !

CLAUDINE

Ah oui, c'est vrai, on est dimanche après-midi…

(Balayant autour de lui maintenant.)

RAYMOND

(que ça fait éternuer)

At… Atchoum !

CLAUDINE

(s'arrêtant de balayer)

Comme le nain !

RAYMOND

(ne comprenant pas)

Comme le nain ?

CLAUDINE

Oui, le nain, dans Blanche-Fesse, il s'appelle Atachoum !

RAYMOND

(éternuant à nouveau)

Atachoum !

CLAUDINE

C'est ça, Atachoum…

RAYMOND

(éternuant une fois de plus)

At… Atchoum ! Ah, mais, tu fais voler la poussière, là ! Arrête de balayer cinq minutes !

CLAUDINE

Et toi, arrête de grogner un peu ! (Et pensant tout haut.) Grognon…

RAYMOND

Quoi encore ?

CLAUDINE

Comme le nain !

RAYMOND

Comme le nain ?

CLAUDINE

Oui, le nain, dans Blanche-Fesse, il s'appelle Grognon !

RAYMOND

(éternuant)

At… Atchoum !

CLAUDINE

Et Atachoum aussi, oui !

RAYMOND

(agacé)

Je vais finir par te confisquer ce dVd, ça ne va pas trainer !

CLAUDINE

T'as pas intérêt ! L'histoire est tellement belle… T'es bien beau, toi aussi, je trouve…

RAYMOND

Je suis toujours bien beau…

(Raymond regarde sa montre nerveusement et se met à siffloter, un peu pour se détendre.)

CLAUDINE

Pis t'as l'air content aussi…

RAYMOND

Moi, content ? J'ai plus le droit de siffler, c'est ça ?

CLAUDINE

(pensant tout haut)

Content…

RAYMOND

Quoi encore ?

CLAUDINE

Comme le nain !

RAYMOND

Comme le nain ?

CLAUDINE

Oui, le nain, dans Blanche-Fesse, il s'appelle Content !

RAYMOND

Oui, bon, tu ne vas pas tous me les passer un par un, là ! Tu l'as regardé quand ce dVd ?

CLAUDINE

Je l'ai regardé ce matin, après la messe !

RAYMOND

Eh ben, on voit le résultat ! (Et consultant à nouveau sa montre.) Résultat, on va être en retard !

CLAUDINE

(déplorant)

Eh oui, on est dimanche après-midi… Et comme le vendredi soir et le samedi soir, le dimanche aprèsmidi, tu te fais beau pour aller… pour aller…

RAYMOND

Oui, au club, et alors ?

CLAUDINE

Oui, mais pas à un club du troisième âge !

RAYMOND

J'ai bien le droit de me cultiver !

CLAUDINE

Je ne vois pas ce qu'il y a d'intelligent à aller voir des filles se pavaner sur scène en tenues légères ! Enfin, quand tenues il y a !

RAYMOND

T'y connais rien, les numéros des danseuses sont très élaborés, tu sais…

CLAUDINE

des danseuses ? des strip-teaseuses, oui ! Parce que c'est bien d'un club de strip-tease dont on parle ! "Strip", qui veut dire se déshabiller et "tease", attirer l'attention !

RAYMOND

T'es bilingue, maintenant ? Tu m'étonneras toujours ! Mais, pour ta gouverne, sache que ce n'est pas du striptease, mais de l'effeuillage !

CLAUDINE

Attends, tu me prends pour une idiote, là ! de l'effeuillage ? Je ne vois pas le rapport ?!

RAYMOND

L'effeuillage c'est une opération consistant à supprimer le feuillage qui fait de l'ombre aux fruits.

CLAUDINE

d'accord, le fruit étant la fille, et les feuilles, ses vêtements, si je comprends bien ! Je vois que ce club t'inspire…

RAYMOND

Et toi, à part Blanche-Fesse, c'est quoi qui t'inspire ?

CLAUDINE

Au moins, Blanche-Fesse, elle danse pas cul nu, elle !

RAYMOND

C'est artistique !

CLAUDINE

Franchement, qu'est-ce qu'elles ont l'air cucul de danser cul nu ! Et pis alors, appeler cet endroit Le Club des poulettes, c'est d'un goût ! Pourquoi pas La Cage aux poules, aussi !

RAYMOND

Je trouve ce nom très joli, Le Club des poulettes. ça fait très rural… Et puis, tu parles sans savoir, t'es jamais venue !

CLAUDINE

ça, si c'est pour aller voir des culs nus, j'irai jamais poser mes fesses là-bas !

RAYMOND

Tu devrais ! Moi, je participe aux activités de la commune au moins !

CLAUDINE

Toi, participer aux activités de la commune ?! C'est bizarre, je ne t'ai jamais vu donner un peu de ton temps pour aider… (Elle réfléchit.) Pour aider à monter la scène pour le théâtre, par exemple !

RAYMOND

J'aime pas le théâtre !

CLAUDINE

Forcément, ils sont moins… dénudés ! Et si c'étaient des mecs qui se pavanaient les fesses à l'air dans ton club là, Le Club des coquelets par exemple, tu irais aussi souvent ?

RAYMOND

(l'air moins emballé du coup)

Souvent, souvent… Je… Comment dire…

CLAUDINE

Ah ! Tu vois ! Ce serait moins intéressant, hein…

RAYMOND

Non, non, j'irais pareil…

CLAUDINE

Menteur !

RAYMOND

Ah, Menteur, comme le nain !

CLAUDINE

Quoi, le nain ?

RAYMOND

Y'a pas un nain dans Blanche-Fesse qui s'appelle Menteur ?

CLAUDINE

(se moquant de lui)

Pas du tout ! Tu ferais mieux de regarder un peu plus souvent Blanche-Fesse au lieu d'aller reluquer celles des autres ! (Elle sort côté couloir.)

RAYMOND

Mais enfin, quand elle va se distraire deux fois par an voir la troupe de théâtre de la commune, je dis rien ! Moi, par contre, j'ai pas le droit d'aller me distraire au club tous les week-ends !

LE MAIRE

(entrant côté cour, un peu speed)

Salut Raymond ! Tu parles tout seul ?

RAYMOND

Ah, te v'là quand même ! Je commençais à désespérer !

LE MAIRE

Je sais, je sais… Mais j'avais un dossier à terminer à la mairie…

RAYMOND

Tu travailles le dimanche maintenant ?

LE MAIRE

Tu sais, quand on est maire, on l'est toute la semaine et surtout à Champcrotteux !

RAYMOND

Moi, je voudrais pas prendre ta place ! S'occuper de tout un village, je ne sais pas comment tu fais ?

LE MAIRE

C'est vrai que, quand on est maire, on est aussi un peu la mère de tout le monde dans le village !

RAYMOND

Quand les gens auront fini de se plaindre aussi ! Enfin, de se plaindre et de réclamer !

LE MAIRE

ça réclame, ça réclame et après ça se plaint de payer trop d'impôts locaux ! On n'a rien sans rien !

RAYMOND

(jetant un rapide coup d'œil à l'extérieur)

Euh, j'y pense là, tu ne pourrais pas me faire mettre un p'tit lampadaire devant chez moi, juste à l'entrée de ma cour, j'y vois rien la nuit…

LE MAIRE

(pas spécialement emballé)

Un lampadaire ? Je ne sais pas… Il faudrait que j'en parle à la prochaine réunion du conseil, je sais pas si tout le monde va voter pour !

RAYMOND

Tu fais pas voter, tu dis rien à personne !

LE MAIRE

Ah oui, et comment je vais expliquer le fait qu'un lampadaire ait poussé devant chez toi comme un champignon ?

RAYMOND

Tu l'expliques pas !

LE MAIRE

Je fais l'ignorant, en quelque sorte…

RAYMOND

Voilà… Tu fais celui qui n'a rien vu. (Consultant sa montre.) Bon, par contre, t'as vu l'heure ? On devrait y aller, là, non…

LE MAIRE

Tu vois Raymond, Le Club des poulettes, c'est ce que j'aurais fait de mieux pour Champcrotteux ! Quand monsieur Bonichon est venu me parler de son projet de construction d'un tel lieu dans la commune, personne n'y croyait au conseil ! Alors, pour convaincre tous les conseillers, et en accord avec ce cher monsieur Bonichon, on a refilé à chacun d'eux un abonnement pour le club donnant droit aux entrées et aux consommations gratuites à vie. Tout le monde a voté pour, après !

RAYMOND

T'as qu'à faire pareil pour mon lampadaire !

LE MAIRE

Quoi, je leur offre un abonnement à vie pour venir boire un coup chez toi ?

RAYMOND

Non, c'est vrai que c'est pas…

LE MAIRE

Et touristiquement parlant, les gens se déplacent de loin, j'ai encore croisé des Chinois aujourd'hui !

RAYMOND

C'est bizarre, ils travaillent 200 heures par semaine ces gens-là et ils trouvent encore le temps de venir jusque-là ! à quoi ils carburent ?

LE MAIRE

Au saké !

RAYMOND

C'est quoi le saké ?

LE MAIRE

de l'alcool de riz fermenté ! Ils en raffolent, parait-il !

RAYMOND

(pas convaincu)

Ben moi, je préfère mon saké à moi !

(Il prend une bouteille de vin rouge sur la table et sert deux verres qu'ils avalent cul sec. Prévoir deux ou trois bouteilles déjà sur la table.)

LE MAIRE

C'est vrai qu'il est sakément bon !… Et puis, j'te disais des Chinois mais surtout des Américains !

RAYMOND

des Chinois américains ?

LE MAIRE

Non, des Américains d'Amérique !

RAYMOND

des Américains américains, quoi !

LE MAIRE

Voilà… Et c'est que le début car si le club venait à attirer encore plus de monde, je suis déjà en train de réfléchir à un complexe…

RAYMOND

C'est vrai qu'elles sont pas complexées les danseuses…

LE MAIRE

Un complexe avec un casino, un restaurant, une discothèque…

RAYMOND

Ah oui, d'accord, pour danser la musette, quoi…

LE MAIRE

Pas la musette, mon pauvre Raymond, faut vivre avec son époque ! Les jeunes se trémoussent sur des sons électroniques maintenant, pas sur de l'accordéon !…

RAYMOND

Moi, tu sais, à part l'accordéon…

LE MAIRE

Par contre, les gens ont tendance à tourner en rond dans le village avant de trouver le club. En fait, ça manque de panneaux indicateurs, faut que j'en fasse installer aux endroits stratégiques.

RAYMOND

Et t'en profites pour faire installer mon lampadaire en même temps ! de toute façon, une fois qu'il sera là, tes conseillers, là, ils vont pas venir l'enlever !

LE MAIRE

Non, c'est sûr, mais bon… Je me demande s'il faudrait pas construire un hôtel aussi, pour héberger tous ces nouveaux touristes… Euh, au fait, en parlant d'héberger, tu n'oublies pas pour ce soir…

RAYMOND

Oh, je ne risque pas d'oublier ! Accueillir chez soi des jolies danseuses, ça n'arrive qu'une fois dans sa vie !

LE MAIRE

Merci de t'être proposé ! Je ne sais pas où elles allaient crécher sinon !

RAYMOND

Je leur dois bien ça, j'ai tellement de plaisir à les regarder…

LE MAIRE

C'est juste le temps qu'on finisse les travaux pour les loger ! Le succès du club a été tellement fulgurant que monsieur Bonichon a été obligé de rembaucher des filles !

RAYMOND

Elles vont être bien là en attendant, t'inquiète…

LE MAIRE

Justement, je m'inquiète un peu, on leur a promis des petits nids bien douillets, alors tu nettoieras un peu ici avant qu'elles arrivent ! J'ai peur qu'elles prennent peur !

RAYMOND

Pourtant, la Claudine, elle frotte du soir au matin ! Enfin, elle frotte, elle déplace la poussière plutôt…

LE MAIRE

Comme ce lit, là, on ne peut pas le laisser au milieu de cette pièce !

RAYMOND

d'abord, il est pas au milieu, et en quoi il te gêne ce lit ?

LE MAIRE

Il me gêne qu'il soit dans cette pièce, c'est tout ! C'est pas très accueillant, un lit avec un vieillard dans une pièce à vivre !

RAYMOND

C'est Pépé ! Tu veux qu'on le mette où ?

LE MAIRE

dans une chambre, par exemple !

RAYMOND

Il ne supporte pas la solitude !

LE MAIRE

Bon, d'accord… Tu rangeras quand même un peu, alors !… Mais, t'es sûr que ça ne va pas déranger la Claudine ?

RAYMOND

Que je range, non… ça va plutôt l'arranger !

LE MAIRE

Mais non, que tu loges ici des filles !

RAYMOND

de toute façon, quand elles seront là, elle pourra plus les déloger !… Tiens, un peu comme le lampadaire d'ailleurs, Quand il sera là, on pourra plus le déloger !

LE MAIRE

Oui, oui, bon, je te promets d'y réfléchir… J'y pense, je leur ai filé ton numéro de téléphone au cas où elles se perdent dans le village. J'aurais p'têt pas dû, si elles appellent et que c'est la Claudine qui répond !

RAYMOND

(embêté)

Euh oui… J'espère qu'elles n'appelleront pas !

LE MAIRE

Je les aurais bien hébergées chez moi mais je ne suis pas sûr que Martine aurait accueilli la nouvelle avec beaucoup d'enthousiasme !

RAYMOND

Elles sont pas simples nos femmes, hein ?

LE MAIRE

Je te l'accorde ! du coup, des fois, on est bien obligé de leur mentir !… Tiens, en passant, faut que je m'arrête à la mairie récupérer un papier !

RAYMOND

Tu vas bientôt y coucher dans ta mairie !

LE MAIRE

Tu sais, c'est un peu ma deuxième maison…

(Ils sortent côté cour, dans la bonne humeur.)

(On pourra alors entendre un bruit de chasse d'eau. Maturin sortira des toilettes. D'une main il tient un téléphone portable collé à l'oreille, et de l'autre une bombe désodorisante avec laquelle il parfume les cabinets de toilette à la hâte.)

MATURIN

(refermant la porte des toilettes et parlant dans le téléphone)

Oui, oui, moi aussi je suis impatient de te voir… Attends, je réfléchis où on peut se donner rendez-vous… devant Le Club des poulettes, ça te va ?… Qu'est-ce que c'est ? C'est un club de strip-tease !… Oui, je sais, c'est pas très romantique comme premier rendez-vous mais au moins, si tu te perds, comme tout le monde connait ici, tu t'arrêtes dans n'importe quelle maison et on saura te renseigner !… Tu seras là-bas d'ici une petite heure, très bien ! (Timidement.) Bisous… (Il raccroche, plutôt ravi.) Qu'est-ce que je suis heureux… (Il va se mettre un coup de peigne rapide devant un petit miroir.) J'espère qu'elle va me trouver beau gosse… Et elle, à quoi elle ressemble ? C'est quand même la seule à avoir répondu à ma p'tite annonce que j'avais mise dans le journal. (Il la cite de tête.) "Homme, la quarantaine, cherche femme pour relation durable…" On verra bien… Heureux en amour, ce sera bien la première fois… Oui, heureux en amour… C'est p'têt mon jour de chance, aujourd'hui… Alors, heureux en amour, pourquoi pas au jeu aussi ! (Cherchant dans le placard, l'air confiant.) Je vais me faire une petite grille de loto en attendant, on ne sait jamais… (Il s'installe à la table. Stylo en main, il essaie donc de choisir des numéros sur une grille d'un bulletin d'une loterie nationale.) Le plus dur, c'est pas de choisir des numéros, c'est de trouver les bons !

(On frappe côté cour. Maturin va ouvrir. Barbara et Kate entrent pleines d'entrain.)

BARBARA

Hello !

KATE

Hello !

MATURIN

Bonjour… Enfin… (Les imitant.) Hello !

BARBARA

Nous pas déranger vous longtemps…

KATE

Yes, nous chercher quelque chose.

MATURIN

Vous êtes Américaines, c'est ça ?

BARBARA

Yes ! Nous, Américaines ! Nous, perdues !

KATE

Yes, nous chercher quelque chose. Nous, perdues !

MATURIN

Vous avez perdu quelque chose, c'est ça ?

BARBARA

Yes ! Nous chercher boîte !