La triste mine d'Hubert de Chouillac

François SCHARRE

Éditions ART ET COMÉDIE

3, rue de Marivaux 75002 PARIS Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction réservés pour tous pays ISBN : 978-2-37393-169-3 © Éditions ART ET COMÉDIE 2016

NOTE SUR L'AUTEUR

Passionné de théâtre depuis 30 ans 4 années passées au cours Simon, François Scharre s'est depuis longtemps intéressé au rire sous toutes ses formes : les sketches, les blagues, les gags quelle qu'en soit la forme, les films, et bien sûr les pièces de théâtre. Il a toujours aimé rire et faire rire. "Les mécanismes qui amènent le rire ne peuvent pas être faux : le public ne rit que s'il a envie de rire. La comédie est une mécanique d'horlogerie".

PERSONNAGES

HUBERT DE CHOUILLAC

IRÈNE DE CHOUILLAC, sa fille

EDWIGE DE CHOUILLAC, sa femme

MAXIME, domestique d'Hubert de Chouillac

CÉLESTINE, domestique d'Hubert de Chouillac

PAULINE, cuisinière d'Hubert de Chouillac

EDMOND DE LA FLOTTE, riche homme d'affaires parisien

ANTONIN DE LA FLOTTE, son fils

ARNOLD, jeune artiste, amoureux d'Irène

DÉCOR

L'intérieur d'un hôtel particulier, à Paris en 1935. Les meubles sont chics, nous sommes dans le bureau d'Hubert de Chouillac.

ACTE I

 

ACTE I - SCèNE 1

 

Maxime, Célestine, Pauline.

 

Au lever du rideau, on voit Célestine, de dos, qui fait la poussière avec un plumeau dans la pièce. Derrière le bureau, caché par son journal, un homme parle des cours de la bourse.

 

MAXIME

Les mines d'or d'Afrique du Sud ont encore fait un bond de 24%. Ça, c'est très très bien ! J'ai fait là un très bon placement Célestine !

CÉLESTINE

(au public)

Pour ce que j'y comprends à la bourse !

MAXIME

Le gaz russe augmente aussi de 17,5%, quant aux gisements pétrolifères d'Alaska, ils grimpent également en flèche. Rien qu'en une semaine, ils ont pris 29% !

CÉLESTINE

Cela a l'air d'être une bonne nouvelle pour "monsieur" !

MAXIME

(replie le haut de son journal, on ne voit que sa tête)

Excellente nouvelle ! Rends-toi compte, Célestine, qu'en 1 mois, la hausse atteint 47% !

CÉLESTINE

Et alors ? C'est beaucoup ?

MAXIME

(se remet derrière son journal)

Tu parles si c'est beaucoup ! Mais c'est énorme ! J'ai bien fait de suivre les conseils que l'on m'a donnés !

CÉLESTINE

Oui, mais faudrait voir "monsieur" à ne pas prendre la grosse tête, parce que ça va finir comme le crapaud qui veut devenir plus gros que la vache !

MAXIME

Non, Célestine ! C'est la grenouille qui veut devenir plus grosse que le bœuf !

CÉLESTINE

Oui eh ben c'est pareil ! Mais en attendant, il faut m'aider à finir le ménage !

MAXIME

(replie le haut de son journal, on ne voit que sa tête)

Non, mais dis donc ! Tu oublies à qui tu parles !

CÉLESTINE

Non ! Je parle à mon petit mari, et il ne faudrait pas que Monsieur de Chouillac te surprenne assis à son bureau ! MAXIME, replie le journal. On découvre alors Maxime avec un gilet de domestique rayé noir et jaune. – Cela ne risque rien, il est sorti avec madame à l'heure qu'il est !

CÉLESTINE

Ce n'est pas une raison pour lire son journal avant lui !

MAXIME

Cela fait des années que je le fais et il ne s'en est jamais rendu compte !

CÉLESTINE

Et si je lui disais ? (Elle lui tend un vase.) Tiens ! Aide-moi !

MAXIME

Tu ne ferais pas ça ?

CÉLESTINE

Je dis surtout que tu prends tes aises ces derniers temps, et j'ai l'impression que tu dilapides notre argent !

MAXIME

Bien au contraire ma chérie, je le fais fructifier !

CÉLESTINE

Ah oui ! Et ce billet gagnant de la loterie nationale que nous avons remporté il y a 6 mois ! 3 millions de francs, ce n'est pas rien ! Nous n'avions jamais eu autant d'argent ! Eh bien, tu as tout dépensé, je n'en ai jamais vu 1 centime !

MAXIME

J'ai placé ces 3 millions à la bourse !

CÉLESTINE

C'est plutôt notre bourse que tu as vidée de 3 millions, et tout ça pour jouer les grands financiers !

MAXIME

J'ai suivi les conseils de "monsieur" : la bourse, c'est son rayon !

CÉLESTINE

Oui ! Et ce n'est pas le tien ! Mais je croyais que tu n'avais pas parlé à Monsieur de Chouillac de cet argent !

MAXIME

En effet, je ne lui en ai pas dit un mot !

CÉLESTINE

Alors, comment a-t-il pu te donner des conseils ?

MAXIME

Eh bien, tu vois, quand Monsieur de Chouillac a envie de s'exprimer, au lieu de se parler à lui-même, comme le font certains, il me sonne et me fait des confidences financières !

CÉLESTINE

Voyez-vous ça !

MAXIME

Il m'informe sur ce qu'il faut faire ou bien éviter en matière de placements boursiers ! Pour lui, il parle à son domestique qui n'y connaît rien, cela lui permet d'extérioriser ses craintes, au lieu d'en parler à sa femme, que ça barbe royalement !

CÉLESTINE

Ça me rassure, je ne suis pas la seule !

MAXIME

Je suis sûr qu'il pense que sa conversation ne m'intéresse pas ! Il faut dire que je réponds par des : "Monsieur s'y connaît mieux que moi en affaires", ou bien encore : "Vous avez sûrement bien fait, vous savez moi la bourse !". Tant et si bien que, depuis des années, sans éveiller ses soupçons, je suis devenu un expert !

CÉLESTINE

Un expert ? Rien que ça !

MAXIME

Oui, par exemple il m'a souvent dit : "Maxime, il ne faut jamais mettre tous ces œufs dans le même panier !

CÉLESTINE

Depuis quand c'est toi qui vas faire le marché ?

MAXIME

Mais non, grande bête ! Cela signifie qu'il ne faut pas placer tout son argent au même endroit. Il faut le disperser, tu comprends ?

CÉLESTINE

C'est bien ce que je disais, tu as dispersé nos économies !

MAXIME

Bon, je ne discute plus avec toi, tu ne comprends décidément rien à l'argent !

CÉLESTINE

Pour l'instant, aide-moi ! J'ai encore le grand salon à faire avant l'arrivée de madame ! Et tu la connais, elle est toujours mal lunée !

MAXIME

Il est vrai que je préfère le caractère de monsieur !

CÉLESTINE

Ce matin, elle m'a encore reproché de lui faire mal en la peignant : "Ce que vous pouvez être maladroite ma pauvre fille ! Comment peut-on être aussi gourde ?".

MAXIME

(ironique)

Pour une fois qu'elle dit une parole censée !

CÉLESTINE

Non, ce n'est pas drôle Maxime, tu ne vas pas t'y mettre toi aussi ! Je t'assure : j'en ai marre de Madame de Chouillac et sa mauvaise humeur !

MAXIME

Patience, ma chérie, laisse faire l'expert ! Bon ! Je t'aide un peu et puis après il faut que j'aille faire briller les chromes de la voiture de monsieur !

CÉLESTINE

Tu la bichonnes plus que ta petite femme cette automobile !

MAXIME

C'est une belle machine ! Une Delahaye 135 carrossée par Joseph Figoni ! Rends-toi compte, le même modèle va être au départ des 24 heures du Mans en juin !

PAULINE

(entre)

Ah, vous êtes là tous les deux !

CÉLESTINE

Oui Pauline, qu'y a-t-il ?

PAULINE

Maxime ! Tu peux venir m'aider ?

MAXIME

Pourquoi !

PAULINE

J'arrive pas à faire partir la cuisinière !

MAXIME

Toi, tu as oublié de remettre du bois dedans ?

PAULINE

Eh ben, le feu était étouffé, alors j'ai essayé de souffler sur les braises et puis au bout de 10 minutes, j'ai arrêté, à cause que ça m'fait tourner la tête !

MAXIME

Pauline, quand on n'a pas de tête, il faut avoir du souffle ! (Il rit.)

CÉLESTINE

Allez, sois gentil, vas-y Maxime !

MAXIME

Je t'ai déjà dit Pauline, il faut remettre du papier journal, bien froissé, et puis retirer les cendres qui empêchent l'air de circuler ! Et quand tu attises le feu, il faut souffler doucement, mais longuement !

PAULINE

Oui eh ben, j'ai eu beau souffler, souffler, j'ai pas réussi à faire partir la cuisinière ! Et moi, mon ragoût pour midi y va jamais être cuit si je le mets pas à chauffer à l'avance ! (Elle est devant la porte, les mains sur les hanches.) MAXIME, se met devant elle et lui souffle sur le visage. À

CÉLESTINE

Chérie ! Tu peux venir m'aider ?

CÉLESTINE

Pourquoi ?

MAXIME

J'arrive pas à faire partir la cuisinière !

CÉLESTINE

Qu'est-ce que tu racontes ?

MAXIME

(recommence à souffler sur Pauline)

Oui ! J'ai eu beau souffler, souffler, j'ai pas réussi à faire partir la cuisinière !

CÉLESTINE

Idiot, va !

PAULINE

Ah ! C'est malin ! (Elle se retourne et sort.)

MAXIME

Ah, mais si, ça marche, elle est partie ! (Il sort et croise Irène qui entre dans la pièce.) Bonjour Mademoiselle Irène !

ACTE I - SCèNE 2

 

Célestine, Irène

 

IRÈNE

Bonjour, Maxime, bonjour Célestine ! (Elle va lui faire la bise.)

CÉLESTINE

Bonjour ma petite Irène. Tu m'as l'air toute joyeuse aujourd'hui !

IRÈNE

Oui, la vie est belle, non ?

CÉLESTINE

Oh, toi tu as des choses à me raconter !

IRÈNE

Non ! Pourquoi dis-tu ça ?

CÉLESTINE

Parce que je te vois toute sautillante dès le matin !

IRÈNE

Et alors, je n'ai pas le droit d'être heureuse ?

CÉLESTINE

Bien sûr que si ! Mais moi je sais ce que signifie un enthousiasme pareil !

IRÈNE

Ah bon ? Et que vas-tu en déduire, madame la policière ?

CÉLESTINE

Il est beau ?

IRÈNE

Pardon ?

CÉLESTINE

Je te demande s'il est beau.

IRÈNE

(faisant celle qui ne comprend pas)

Mais de qui tu parles !

CÉLESTINE

De lui !

IRÈNE

Qui ça, lui ?

CÉLESTINE

Mais celui qui fait que tu sautilles dès le réveil, celui qui fait que tu ne quittes plus ce sourire depuis ce matin, celui qui te fait briller les yeux de cette façon !

IRÈNE

Mais alors là, Célestine, je ne vois pas du tout de quoi tu parles !

CÉLESTINE

Bien sûr ma petite chérie ! Mais je te connais par cœur, Irène ! Je suis au service de tes parents depuis plus de 20 ans !

Je t'ai vue naître, je t'ai vue grandir, et je sais très bien quand tu fais ta petite innocente ! Mais là, je vois que tu meurs d'envie de te confier, alors je t'écoute : comment s'appelle-t-il ?

IRÈNE

(elle hésite un moment puis se confie)

Arnold !

CÉLESTINE

Arnold ! Et où l'as-tu rencontré ?

IRÈNE

Aux beaux-arts ! Il est en dernière année de cours de peinture !

CÉLESTINE

Ah un artiste ! Et tu le connais depuis quand ?

IRÈNE

Cela fait plusieurs semaines déjà, et je sentais des sentiments monter en moi de jour en jour…

CÉLESTINE

Et ?…

IRÈNE

Et hier, il s'est déclaré !

CÉLESTINE

Tu veux dire qu'il t'a exprimé ses sentiments !

IRÈNE

(avec enthousiasme)

Oui ! Il m'aime Célestine ! C'est formidable, je ne sais pas comment te dire comme cela est fort !

CÉLESTINE

En tout cas, ça m'a l'air sérieux ! Et toi, que lui astu répondu ?

IRÈNE

Que ses sentiments étaient réciproques ! Alors nous avons longuement parlé de notre vision de la vie, de l'avenir, et je ne te cache pas qu'hier soir, j'ai eu bien du mal à m'endormir !

CÉLESTINE

Pas de doute Irène, tu as trouvé le bon numéro !

IRÈNE

Maintenant, il veut rencontrer les parents, mais je lui ai dit que c'était trop tôt ! J'ai peur de la réaction de maman ! Il n'a pas encore de situation !

CÉLESTINE

Et il va passer un diplôme à la fin de ses études ?

IRÈNE

Oui, il termine dans 4 mois !

CÉLESTINE

Alors en effet, il est préférable d'attendre un peu !

IRÈNE

C'est ce que je me suis efforcée de lui dire, mais il a l'air très empressé !

CÉLESTINE

L'amour demande de la patience Irène ! Expliquelui qu'il vaut mieux avoir fini ses études pour pouvoir être présenté à ta famille ! Cela éviterait qu'il ne se fasse reconduire à la porte 5 minutes après avoir fait la connaissance de tes parents !

IRÈNE

Ah non ! Ça, je ne pourrais pas le supporter. Si les parents m'interdisent de le voir, je quitterai la maison ! Je lui demanderai de m'enlever !

CÉLESTINE

Ne dis donc pas de sottises, petite fille que tu es !

IRÈNE

C'est vrai, Célestine je le ferai !

CÉLESTINE

Mais non, tu ne le feras pas ! Attendez donc tous les deux le moment opportun pour faire connaître vos intentions à tes parents !

IRÈNE

Tu as raison, Célestine, comme toujours ! Merci !

(Elle lui fait la bise et sort.)

ACTE I - SCèNE 3

 

Célestine, Edwige, Hubert, Maxime.

 

Maxime ouvre la porte pour laisser entrer Edwige et son mari Hubert de Chouillac.

 

HUBERT

Tenez Maxime, débarrassez-moi de tout cela ! (Il prend le chapeau et le manteau de Hubert et éventuellement sa canne.)

MAXIME

Bien, monsieur !

HUBERT

Mon journal ?

MAXIME

Il est sur votre bureau monsieur !

HUBERT

Quelles sont les nouvelles de la bourse ?

MAXIME

Je ne sais pas monsieur ! Je ne me serais pas permis de lire le journal de monsieur !

HUBERT

Très bien ! Laissez-nous, je vous prie !

(Maxime sort, Hubert va déplier son journal.)

EDWIGE

Dites donc Célestine, vous n'avez toujours pas fini de faire la poussière dans le bureau de monsieur !

CÉLESTINE

Je finis à l'instant, madame !

EDWIGE

Mais, que vous êtes lente, ma pauvre fille ! Et le grand salon ?

CÉLESTINE

J'y vais juste après madame !

EDWIGE

Comment ? Ce n'est pas fait non plus ! Mais vous faites la sieste, ce n'est pas possible ! Allez ! Dépêchez-vous !

CÉLESTINE

Bien sûr, madame, j'y vais tout de suite !

EDWIGE

Mais quelle empotée vous faites ! Vous n'êtes pas une bonne à tout faire, vous êtes une bonne à rien ! Je ne sais pas pourquoi on vous garde !

(Célestine sort.)

HUBERT

(lisant son journal)

Encore 24% pour les mines d'or d'Afrique du Sud ! C'est bête que j'aie tout cédé la semaine dernière !

EDWIGE

Ah non ! Hubert, par pitié, tu ne vas pas me reparler encore de ta bourse, tu sais très bien que ça m'exaspère !

HUBERT

D'accord Edwige, parlons d'autre chose ! Tu sais que je vais sûrement m'associer avec Edmond de La Flotte ! Il veut racheter une grosse affaire de textile à Roubaix, j'ai étudié l'affaire, il y a de très bonnes perspectives, j'y serai de 50% !

EDWIGE

Je croyais que tu ne pouvais pas le sentir cet hommelà !

HUBERT

C'est vrai, je t'en ai déjà parlé, il est arrogant, moqueur ! C'est un ignoble personnage ! Ah ça, tu as intérêt d'être de sa condition et dans ses petits souliers sinon il te taille une réputation !

EDWIGE

Alors pourquoi veux-tu t'associer avec cet ignoble individu ?

HUBERT

Eh bien, cette affaire de textile est une très très bonne affaire, une usine en pleine expansion, des bénéfices qui ne font que croître, je pense que sa valeur peut tripler d'ici 1 an !

EDWIGE

Eh bien pourquoi me parles-tu de tout cela si ta décision est déjà prise ?

HUBERT

Eh bien, c'est à cause d'Irène !

EDWIGE

Mais que vient faire notre fille Irène dans cette histoire d'usine à Roubaix ?

HUBERT

La Flotte a un fils, Antonin !

EDWIGE

Et alors ?

HUBERT

Eh bien, Antonin a vu Irène à plusieurs reprises, et je crois bien qu'il est très attiré par notre fille !

EDWIGE

Eh bien, tu devrais être content ! Tout cela va dans le bon sens !

HUBERT

Eh bien non, justement !

EDWIGE

Comment cela non ? Où est le problème ?

HUBERT

C'est Antonin le problème !

EDWIGE

Pourquoi ? Il est laid ?

HUBERT

Non !

EDWIGE

Il est bossu ?

HUBERT

Mais non !

EDWIGE

Il est infirme alors ?

HUBERT

Mais non ! Il n'est ni laid, ni bossu, ni bancal, je te dis !

EDWIGE

Ne t'énerve pas et explique-moi !

HUBERT

C'est un crétin !

EDWIGE

Pardon ?

HUBERT

Il est bête ! Que veux-tu, je n'y peux rien, c'est un idiot, quoi !

EDWIGE

Avant de juger ce garçon, l'as-tu déjà rencontré !

HUBERT

2 fois oui !

EDWIGE

Et c'est en 2 fois seulement que tu peux juger un homme !

HUBERT

Ah oui oui ! Là oui ! Cela m'a largement suffi ! Il est incapable de finir ses phrases, il est d'une timidité maladive ! Il a l'air ballot, je ne sais pas comment te dire !

EDWIGE

Et que fait-il dans la vie, ce jeune homme ?

HUBERT

Ah oui ! Tiens-toi bien ! Il est inventeur ! Je te demande bien moi, inventeur ! Tu parles d'un métier !

EDWIGE

Eh bien, cela prouve qu'il a de l'esprit et qu'il est manuel à la fois ! Et… qu'a-t-il déjà inventé, ce garçon !

HUBERT

Alors à part l'eau chaude et le fil à couper le beurre, je ne vois pas !

EDWIGE

Oh que tu es méchant avec un jeune homme que tu connais à peine ! Peut-être va-t-il inventer quelque chose qui va révolutionner le vingtième siècle !

HUBERT

Ça m'étonnerait fort !

EDWIGE

Le mieux serait qu'Irène le rencontre !

HUBERT

Justement, c'est pour cela que je t'en parle ! Edmond doit venir avec son fils aujourd'hui même !

EDWIGE

Très bien !

HUBERT

Non ! Non, ce n'est pas très bien ! J'ai peur qu'il fasse dès aujourd'hui une demande en mariage !

EDWIGE

Tu crois ?

HUBERT

Il ne manquerait plus que ça ! Alors je veux bien m'associer avec le père, même si je ne l'aime pas, parce que les affaires sont les affaires, mais je ne vais tout de même pas "vendre" ma fille pour une histoire de gros sous ! Je vois ça d'ici : Irène avec un mari crétin qui ne finit pas ses phrases et un beau-père ignoble !

EDWIGE

Laissons Irène décider ! Si cela se trouve, elle va le trouver charmant et gentil cet Antonin !

HUBERT

Ah ! Ça, pour être gentil, il est gentil ! Il ne manquerait plus qu'il morde !

EDWIGE

Tu es bête ! (Elle sonne Maxime.)

HUBERT

En tout cas, si je veux que mon affaire se fasse, il ne faut pas froisser le père, alors, pas de gaffe, si Irène refuse le galant, pas de réponse aujourd'hui !

MAXIME

(entre)

Madame a sonné ?

EDWIGE

Oui Maxime, dites à Mademoiselle Irène de nous rejoindre ici !

MAXIME

Bien madame ! (Il sort.)

EDWIGE

Alors je ne veux pas que tu influences ta fille sur ce jeune homme ! Quand elle arrivera, tu restes neutre et tu ne médis pas de lui !

HUBERT

D'accord Edwige, mais dans ce cas, toi aussi tu restes neutre !

EDWIGE

Nous sommes d'accord !

ACTE I - SCèNE 4

 

Edwige, Hubert, Maxime, Irène.

 

Entre Irène.

 

IRÈNE

Tu voulais me voir, maman !

EDWIGE

Oui, entre Irène ! Ma fille, tu as bientôt 19 ans, et avec ton père nous pensons qu'il serait temps que tu te maries !

IRÈNE

Ah oui, c'est le désir de toute jeune fille, maman !

HUBERT

Mais enfin, rien ne presse ma chérie ! Tu n'es pas obligée de choisir aujourd'hui !

EDWIGE

(avec reproche)

Hubert !

HUBERT

Je n'ai rien dit !

EDWIGE

Il se trouve qu'un jeune homme t'a remarquée !

IRÈNE

(étonnée)

Ah bon ? Mais qui, maman ?

EDWIGE

Tu l'as sûrement croisé toi aussi, tu lui as même peut-être parlé plusieurs fois !

IRÈNE

(à part)

Arnold ! Elle me parle d'Arnold !

HUBERT

S'il t'a parlé, tu ne peux pas l'avoir oublié, vu que, quand il parle, il ne finit pas ses…

EDWIGE

(avec reproche)

Hubert ! On avait dit de rester neutre !

IRÈNE

(à part)

Il faut que j'en aie le cœur net ! (À sa mère.) Et que fait-il dans la vie ce jeune homme ?

EDWIGE

Il fait un métier formidable ! Il a un grand avenir devant lui, j'en suis sur !

HUBERT

(avec reproche)

Edwige ! Toi aussi tu m'avais promis de ne pas l'influencer !

EDWIGE

Excuse-moi ! Alors nous allons dire qu'il crée des choses !

IRÈNE

C'est un artiste ?

HUBERT

Mouais ! Si l'on veut oui !

EDWIGE

Voilà, on peut dire cela, c'est un artiste !

IRÈNE

(à part)

Cette fois, j'en suis sûre, c'est Arnold !

HUBERT

Il s'avère que je connais son père !

IRÈNE

(étonnée)

Quelle coïncidence !

EDWIGE

Comment ça : quelle coïncidence ?

IRÈNE

(se reprenant)

Non, je veux dire… C'est un coup de chance que papa connaisse son père. Enfin, que vous connaissiez sa famille !

HUBERT

Eh bien, il va venir aujourd'hui avec son père justement !

IRÈNE

Aujourd'hui ! Mais c'est trop tôt ! (À part.) Je lui avais pourtant dit d'attendre !

EDWIGE

Comment trop tôt !

IRÈNE

J'aurais pensé qu'il serait plus patient !

HUBERT

Moi aussi je pense que c'est prématuré !

EDWIGE

(avec reproche)

Hubert ! (À Irène.) Tu préfères qu'il attende quoi, ma fille : que quelqu'un d'autre demande ta main ?