Parfum d'arnaque

Christian ROSSIGNOL

Éditions ART ET COMÉDIE

3, rue de Marivaux 75002 PARIS Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction réservés pour tous pays ISBN : 978-2-37393-164-8 © Éditions ART ET COMÉDIE 2016

NOTE SUR L'AUTEUR

Christian Rossignol est un passionné de théâtre. Pourtant, c'est par amitié qu'il prend la plume pour écrire ses premières pièces. Il destine ses comédies à ses camarades de la troupe de théâtre en amateur de son village du Puy-de-Dôme. En 2007, Christian Rossignol publie Sexy Flag aux éditions Art & Comédie. Depuis, l'auteur enchaîne les comédies à succès comme Alirazade et les mille et une gaffes ou encore Zorghol 707 et T'emballe pas.

PERSONNAGES

DÉSIRÉ, homme intelligent et débrouillard, roi de l'embrouille et du baratin, c'est un séducteur accompli

 

VANESSA, fiancée de Julien et sœur de Désiré, charmante jeune femme ou femme mûre voulant paraître plus jeune que son âge, c'est le prototype de la bimbo, machouilleuse de chewing-gum, un peu sotte et au vocabulaire limité mais inventif

 

JULIEN CASTAGNÈRE, fiancé de Vanessa, il est jaloux comme un pou et ne sert de complice à Désiré que pour la surveiller. C'est le neveu de Baptistine et de Patricia.

 

SIR DONALD WALTERSBURY, lord tout ce qu'il y a de plus anglais, attaché d'ambassade britannique, très porté sur les jeunes femmes qui peuvent à loisir exploiter son abyssale naïveté. Grosse fortune d'Angleterre. Léger accent anglais.

 

LADY GLADYS WALTERSBURY, son épouse, insouciante, excentrique et casse-cou. Elle se passionne pour tous les sports mécaniques. Fort accent anglais.

 

VASSILI DIMITRIEVITCH POPOUTINE, comte russe qui passe le plus clair de son temps à dépenser la fortune de son épouse. Volubile, impulsif et démonstratif, c'est un coureur de jupons invétéré.

 

EVGENIYA POPOUTINE, son épouse, richissime comtesse russe descendant des Romanov. C'est une femme très autoritaire et aussi imbue qu'imbuvable. Fort accent russe.

 

BAPTISTINE CASTAGNÈRE, maîtresse femme à fort caractère, gardienne de la villa des Waltersbury et tante de Julien. C'est la parfaite représentation de la méditerranéenne exubérante qui peut piquer des colères extraordinaires comme avoir des élans d'affection assez imprévisibles.

 

PATRICIA CASTAGNÈRE, jardinière de la maison et sœur cadette de Baptistine, c'est un petit laideron mal fagoté. à l'opposé de sa sœur, elle est d'une mollesse rare et d'une lenteur agaçante. Elle est très timide et elle parle couramment un anglais tout personnel.

DÉCOR

Un seul décor, le grand hall d'une villa bourgeoise de Nice.

 

Au fond : côté cour, un porche donnant sur deux portes que l'on ne voit pas, d'un coté celle de l'entrée principale et de l'autre côté celle de l'office, et côté jardin le départ d'un escalier menant aux chambres. Côté cour : à l'arrière plan, la porte du bureau ; au premier plan, un couloir donnant sur les salons. Côté jardin : à l'arrière plan, la porte du boudoir ; au premier plan, un passage donnant sur le parc. Au centre : un sofa et une petite table basse.

 

Quelques tableaux très contemporains aux murs et, si possible, un ou deux guéridons entre les ouvertures.

ACTE I

 

Le rideau s'ouvre sur le décor d'une villa niçoise de style très contemporain. Vanessa est à l'étage, Désiré arrive par l'entrée principale.

 

DÉSIRÉ

Vanessa !… Vanessa ! C'est bon. Je viens de le voir au bar du Negresco ! Il faut faire vite. Vanessa, où es-tu ?

VANESSA

(apparaissant par l'escalier)

Je suis là. Dis donc frérot ! Les apparts sont d'une "luxure" là-haut. C'est trop top ! Alors ? Comment va notre comte de machintruc ?

DÉSIRÉ

Le comte est bon… Ou plutôt mûr ! Ah ! Ah ! Monsieur le comte Vassili Dimitrievitch Popoutine ne marche pas, il court. J'aurais pu lui vendre la tour Eiffel.

VANESSA

Trop cool ! C'est le pigeon idéal ?

DÉSIRÉ

Je veux, oui. Il est plein aux as, le cosaque. Il a tellement mordu à l'hameçon qu'il est pressé, maintenant, cet âne. Il veut à tout prix venir visiter la villa, ce soir.

VANESSA

Ce soir ?

DÉSIRÉ

Oui, ce soir. Ça ne nous laisse que quelques heures pour nous préparer.

VANESSA

Merde alors ! Faut se bouger le train.

DÉSIRÉ

Il faut surtout s'assurer que ton Julien a tout compris.

VANESSA

Je lui ai tout bien expliqué, ça devrait aller.

DÉSIRÉ

Oui mais il n'a encore jamais fait ça. Rien qu'au niveau du langage, il a du boulot pour passer pour un grand bourgeois.

VANESSA

Julien fait beaucoup d'efforts pour se "correctionner", tu sais.

JULIEN

(entrant)

Eh ben putain ! Ça c'est de la bicoque de rupins congestionnés du portefeuille ou je m'y connais pas !

DÉSIRÉ

Beaucoup d'efforts ?

JULIEN

Qu'est-ce que je vous avais dit, hein ? C'est pas de la cabane de jardin que je vous ai dégotée, hein ? Hein ? Hein ?

VANESSA

T'es trop le meilleur, mon chéri.

JULIEN

Je sais, mon amour.

DÉSIRÉ

Bref ! On arrête les effusions et on se met au boulot.

JULIEN

Toujours aussi sentimental ton frangin. (Voyant le tableau.) Oh la vache ! C'est quoi cette horreur ?

DÉSIRÉ

Un Yong Tsou. Un jeune peintre coréen bourré de talent.

JULIEN

(essayant de regarder le tableau à l'envers)

Ça pour être bourré ! Il doit pas être souvent à jeun ton chinois.

DÉSIRÉ

Coréen. C'est de l'art contemporain, ignare. C'est même un must.

JULIEN

Eh ben moi, je trouve ça moche ! Même si c'est un must. (Il prononce à la française.)

VANESSA

Moi j'aime bien le "must", ça sent trop bon.

JULIEN

Must, pas musc.

VANESSA

Ah oui ? C'est rigolo. Moi, j'ai toujours dit mu…

DÉSIRÉ

Stop ! Au boulot ! Pour l'instant le ruscof a tout gobé mais il ne va pas tarder à débouler. Il faut que tout soit prêt dans deux heures maxi.

JULIEN

Je suis prêt, moi. Qu'est-ce que je dois faire ?

DÉSIRÉ

Tu devrais le savoir.

JULIEN

(faussement)

Je le sais mais… Mais j'ai oublié comment ça commence… Et puis l'arnaque c'est pas mon truc. Je te rappelle que je ne marche dans tes combines que pour protéger ma fiancée.

DÉSIRÉ

Dis plutôt pour la surveiller. T'es jaloux comme un pou.

JULIEN

Oui. Oh ! Hein ! Bon !

DÉSIRÉ

Et moi je te rappelle qu'on fait tout ça pour essayer de trouver rapidement l'argent que Vanessa et toi devez à un certain Lucien Morissot dit Gros Lulu, dit l'Empaleur. Un artiste du surin, un virtuose de la kalachnikov. Bref, un poète qui n'a pas pour habitude de plaisanter quand il parle de flouz. Surtout quand il s'agit du sien.

VANESSA

T'énerve pas frérot. On sait que tu fais ça pour nous. T'es cool.

DÉSIRÉ

C'est ça, mais vous, vous l'êtes un peu trop, cool comme tu dis. Il faut vous y mettre et vite. Sinon, autant aller tout de suite voir le Gros Lulu, pieds et poings liés.

JULIEN

Ok, ok ! On t'écoute.

DÉSIRÉ

Bon, pour commencer notre pigeon russe doit croire que tu es le riche et noble propriétaire de cette villa et que tu as accepté de nous la louer pour le tournage d'un film. C'est pas trop compliqué ?

JULIEN

Ça ira. Et qu'est-ce qu'on tourne comme film, déjà?

VANESSA

On te l'a dit vingt fois. Le film s'appelle La Danseuse de l'amour. Désiré est le "metteur en film" et moi, je suis la vedette.

JULIEN

C'est vrai que question danse, t'assures grave.

DÉSIRÉ

Le Russe est un coureur de jupons invétéré. Quand je lui ai parlé des scènes nues, il ne se tenait plus. Il n'y a plus qu'à le ferrer.

JULIEN

Minute papillon ! Pas question que Vanessa se déshabille devant tout le monde !

DÉSIRÉ

Je te rappelle que tout est faux. On ne le tournera jamais le film. On veut juste tirer du pognon au ruscof.

JULIEN

Ah oui ! C'est vrai.

VANESSA

L'objectif c'est de lui faire acheter cette baraque pour les besoins du "filmage".

JULIEN

Mais il a dit louer.

DÉSIRÉ

C'était l'amorçage ça. Tu comprends vraiment pas vite.

JULIEN

Oui. Oh ! Hein ! Bon !

DÉSIRÉ

Je lui ai refait le coup de la triple bande.

JULIEN

La triple bande ?

DÉSIRÉ

C'est un type d'arnaque très connu. Un, je lui ai demandé de nous aider en louant cette maison pour nous. Deux, je l'ai embobiné, ficelé, emballé au point que, trois, ce soit lui qui finisse par me proposer d'acheter la villa et de nous la prêter aussi longtemps qu'on en aurait besoin.

JULIEN

T'es fortiche quand même dans l'art du baratin ! Bravo ! Mais alors, ça va être la vie de château. Champagne, domestiques et tout le tremblement.

VANESSA

C'est trop top !

DÉSIRÉ

Oh punaise ? Les domestiques ? On n'a pas de domestique !

VANESSA

Il nous en faut absolument. Dans une bicoque pareille il devrait y en avoir plein.

JULIEN

Ben y'a bien mes tantes mais elles ne sont que les gardiennes de la baraque.

VANESSA

C'est déjà grâce à elles qu'on peut "déposer" de la propriété. Elles sont gentilles mais de là à les affranchir…

DÉSIRÉ

Ça, on ne peut pas décemment leur dire qu'on va essayer de vendre la villa de leurs patrons… (Après réflexion :) Mais on peut leur faire croire qu'on prépare une bonne blague à un ami russe.

VANESSA

Et qu'il faut qu'elles passent pour nos domestiques. Super ! Elles marcheront ?

JULIEN

Elles ne peuvent rien me refuser, je te dis. J'ai toujours été leur chouchou. Déjà, pour nous prêter la bicoque pendant que leurs patrons angliches sont en croisière, faut qu'elles m'aiment, non ? Je vais les chercher.

(Il sort à l'office.)

DÉSIRÉ

Alea jacta est ! Bon, toi tu sais ce que tu dois faire ?

VANESSA

T'inquiète, je vais te le caresser dans le sens des plumes ton pigeon.

DÉSIRÉ

Je compte sur toi pour le rendre complètement dingue. Il faut que tu l'envoûtes.

VANESSA

Je ne te cache pas que j'ai un peu les foies, quand même.

DÉSIRÉ

Tu t'en tireras très bien petite sœur. Quand tu veux, tu ferais se damner un régiment de séminaristes alors, tu vas nous l'allumer comme un sapin de Noël.

VANESSA

Je suis pas une fille comme ça moi. Je sais pas si je saurai.

DÉSIRÉ

Tu t'en sortiras très bien, j'en suis sûr. Il faut lui faire perdre les pédales juste le temps de lui faire signer deux ou trois paperasses. On lui demande un énorme acompte en liquide, on encaisse l'oseille en lui donnant un beau reçu pour faire vrai et on disparaît. Bref ! Tu lui joues la femme fatale, il perd la boule et le tour est joué.

VANESSA

Oui mais je ne suis que danseuse, moi, pas comédienne.

DÉSIRÉ

Au besoin je t'aiderai un peu, avec ça (Il sort, de sa poche, une petite fiole de parfum.)

VANESSA

Qu'est-ce que c'est ?

DÉSIRÉ

Mon arme secrète. Avec ça tu séduirais un réverbère.

VANESSA

Oui mais Julien est si jaloux.

DÉSIRÉ

Julien j'en fais mon affaire.

JULIEN

(entrant avec Baptistine et Patricia)

Je vous présente mes tantes, Baptistine et Patricia Castagnère.

BAPTISTINE

Bonsoir messieurs dames. Je "m'essecuse" mais j'étais en train de nettoyer le poisson. Alors comme ça on veut rigoler un petit coup aux dépens d'un copain (avec l'accent : coping.)  ? Dis bonjour Toune !

PATRICIA

(se cachant derrière sa sœur)

Bonjour messieurs dames.

JULIEN

Elles sont d'accord. Je vous l'avais bien dit.

BAPTISTINE

à condition que ce ne soit pas méchant, hé ?

DÉSIRÉ, JULIEN et VANESSA

Oh non ! Bien sûr !

BAPTISTINE

Et qu'on n'abîme pas la maison ou les jardins, hé ?

VANESSA

Vous inquiétez pas. Vous n'aurez aucune "grondance" de vos patrons.

BAPTISTINE

Pardon ?

DÉSIRÉ

Aucune remontrance.

BAPTISTINE

Oh ! Les remontrances, je m'en fous. C'est le boulot que ça me donnerait que je crains, peuchère !

JULIEN

Aucun danger, je te dis, c'est une blague que avec la tchatche. On touchera à rien.

DÉSIRÉ

Tu leur as expliqué ce qu'on attendait d'elles ?

BAPTISTINE

Eh oui ! Je suis la soubrette et elle c'est la gouvernante, la commandante quoi.

PATRICIA

Pour une fois que c'est moi qui vais commander, vous pensez si je suis d'accord.

BAPTISTINE

(crescendo)

N'oublie pas que c'est qu'un jeu, petite rascasse, une blague, un semblant, un pour de faux !

PATRICIA

(apeurée)

Mais je plaisantais Titinette, je plaisantais. Oui, je l'appelle Titinette, c'est plus affectueux.

BAPTISTINE

Et moi je l'appelle Toune. C'est le diminutif de Patoune qui vient de Patricia. C'est Toune et Titinette, quoi !

DÉSIRÉ

C'est très bien mais ce soir, pas de Toune et pas de Titinette. Vous devrez passer pour des domestiques très stylées.

BAPTISTINE

Vous en faites pas, on a un peu l'habitude. Eh oui, les patrons débarquent tout le temps avé leurs domestiques de là-bas, de London, "vaqueucinés" avé la cuiller à thé mais ils n'ont pas de santé. C'est souvent qu'on en remplace un ou deux, au pied levé.

VANESSA

Mais c'est trop bien ça !

BAPTISTINE

Ma Toune, elle parle même l'anglais, alors.

JULIEN

Merveilleux ! Ça fera encore plus classe.

BAPTISTINE

Montre-leur comme tu te débrouilles bien dans la langue de "Chéqueuspire".

PATRICIA

Oh ! Je veux pas les embêter…

BAPTISTINE

Allez, vas-y, Toune ! Vous allez voir… Allez ! Ne fais pas ta timide. Allez !

PATRICIA

Bon. Mais qu'est-ce que vous voulez que je vous dise.

JULIEN

Ce que tu veux. Imagine que j'arrive par exemple. Je suis ton patron et j'arrive.

PATRICIA

D'accord… Heu !… Si vous voulez… Heu !… Ah oui !… Goud morningue seur ! Have you fait one goude travel on ze sea and on ze route ?

JULIEN

Hein ? Elle parle l'anglais presque couramment, la tantine. Hein ? Hein ?

DÉSIRÉ

C'est même pas courant comme anglais. Pour ce soir, notre ami est russe, le français devrait suffire. Vous ne parlez pas le Russe ?

PATRICIA

Ah non, pas le Russe.

DÉSIRÉ

C'est heureux, c'est heureux.

BAPTISTINE

Et qui c'est ce Russe ?

JULIEN

Oh, il est d'origine russe seulement, en fait c'est un gars qui travaille avec moi à Paris.

VANESSA

Un gros vantard. Qui se la joue grave et qui cherche toujours à faire de la patate.

DÉSIRÉ

De l'épate… En vacances, il se fait passer pour un riche comte russe.

BAPTISTINE

Je vois ! Il veut péter plus haut que son cadran lunaire, quoi ?

JULIEN

Voilà ! Et il commence à me courir un peu sur le haricot.

DÉSIRÉ

Alors, comme il est de passage à Nice, on veut lui faire croire que Julien a gagné au casino et s'est offert cette villa.

BAPTISTINE

Et le prendre à son propre jeu, en fait ?

JULIEN

C'est tout à fait ça. Il va en crever de jalousie.

BAPTISTINE

Eh bé ! On est bien contentes si on peut vous aider à lui donner une petite leçon. Nous, on n'aime pas les menteurs, les vantards, les "escroques" et tout ça.

DÉSIRÉ

(gêné)

C'est cela, oui.

VANESSA

(idem)

Ouais c'est cool !

JULIEN

(idem)

Voilà, voilà ! (Un ange passe.)

BAPTISTINE

Allez zou ! On va aller se mettre en tenue pas plus tard que maintenant.

PATRICIA

Pour une fois qu'on s'amuse.

(Elles sortent à l'office.)

VANESSA

Eh ben, c'est pas cool ça ? Tout roule ma poule !

JULIEN

Comme sur des roulettes ma poulette !

DÉSIRÉ

C'est presque trop facile. Ça m'inquiéterait presque. Ça ne m'étonnerait pas qu'il nous tombe une tuile au dernier moment.

JULIEN

Un éternel optimiste ton frangin. Une tuile, une tuile. Que veux-tu qu'il nous arrive comme tuile ? Parle-nous plutôt du pigeon. On le connaît pas, nous.

VANESSA

Il est bel homme ?

DÉSIRÉ

Tu jugeras mieux que moi.

JULIEN

Elle jugera rien du tout.

DÉSIRÉ

C'est plutôt sa femme qui m'inquiète. Je crois savoir qu'elle ne rigole pas tous les jours mais que c'est elle qui porte le pantalon et surtout qui tient les cordons de la bourse. Elle passe pour une mégère dépressive et blasée, qui n'aime rien ni personne.

Elle ne sort presque jamais ; ce serait bien notre veine si elle venait. Mais vu la somme d'argent à engager…

VANESSA

Ben si elle se pointe, t'auras qu'à sortir ton arme secrète ?

JULIEN

Quelle arme secrète ?

DÉSIRÉ

C'est un secret, justement.

JULIEN

Attention, hein ! On a dit, pas de violence.

DÉSIRÉ

Mais non. C'est un moyen infaillible pour séduire une femme. Cadeau d'un vieux griot africain que j'ai autrefois sauvé d'une mort atroce. (Sortant la fiole.) Un parfum.

JULIEN

Un parfum ? Comment ça marche ?

DÉSIRÉ

Y'a pas plus simple. T'en mets quelques gouttes et la première qui pointe son nez tombe raide dingue de toi.

VANESSA

à tous les coups ?

DÉSIRÉ

à tous les coups et c'est immédiat. Paf !… Le problème, c'est que ça dure.

JULIEN

C'est-à-dire ?

DÉSIRÉ

C'est-à-dire que les effets peuvent durer quelques jours, quelques mois, voire quelques années. Ça dépend des personnes.

JULIEN

Fichtre ! Des années ? Des femmes amoureuses de toi pendant des années rien qu'en respirant ?…